Chitwan, le Népal sans les sommets

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Rêver du Népal, c’est s’imaginer à l’assaut des sommets enneigés, sac sur le dos et regard vers le ciel. Mais le Népal c’est aussi la région du Teraï,  celle des derniers rhinocéros unicornes et tigres du Bengale en liberté. Au sud du pays, coincé entre le géant indien et les sommets himalayens, on découvre un monde de prairies marécageuses, savanes et forêts tropicales peuplées d’ethnies d’origine indienne. 

C’est avec ces seules indications que nous rejoignons la ville de Sauhara, en bordure du Parc National de Chitwan. Nos envies : partir à la découverte de cette région et croiser quelques animaux en liberté !

Au beau milieu du Parc National de Chitwan

Une bonne nuit de sommeil suffit à nous débarrasser du mal de dos causé par la route infernale qui relie Katmandou à Sauhara. Nous passons une matinée entière à négocier avec les agences qui organisent des treks dans le Parc National de Chitwan. Il est en effet obligatoire de visiter le parc en compagnie de deux guides. La zone regorge d’animaux sauvages qui peuvent être très dangereux pour les néophytes que nous sommes. Nous trouvons enfin ce que nous cherchons : deux compagnons expérimentés à prix doux.

Une rencontre surprise

Le lendemain, à 8h. Accompagnés de nos guides, nous marchons jusqu’à la rivière Rapti, alors recouverte d’un épais brouillard. La pirogue est étroite, nous sommes installés au ras de l’eau ! On distingue à peine le paysage.

Quarante minutes de navigation plus tard, une forme étrange se distingue à travers la brume.

Devant nous, voilà le fameux rhinocéros unicorne ! Prisonniers du courant, nous filons droit vers la bête… Panique à bord, l’effroi se lit sur le visage de nos guides. Nous, inconscients du danger, sortons notre appareil photo pour immortaliser le moment. Soudain, le courant s’intensifie et les rames n’y peuvent rien. Impossible de dévier notre trajectoire. L’émerveillement laisse place à la peur à la vue de nos guides littéralement terrorisés.

Heureusement, la bête rejoint la terre ferme sans trop prêter attention à nous. Les guides nous expliquent alors la raison de leur prise de panique :

“Ce type de rhinocéros est très rapide. Par peur, il peut charger violemment. Mieux vaut l’observer de loin !”

En route vers le jungle

Nous partons pour trois heures de marche dans la jungle. Des bruits curieux s’en échappent. Le brouillard commence à se lever mais l’humidité nous saisit.

Moment grave. Les guides nous énoncent très sérieusement les consignes en cas de mauvaises rencontres. Nous ne sommes pas au zoo, les animaux sont peu habitués à voir des humains marcher dans leur territoire. En cas de rencontre avec :

  • un éléphant : fuir le plus rapidement possible surtout s’il devient agressif. Pas plus de détails !
  • un rhino : grimper à un arbre, se cacher derrière un tronc ou, en dernier ressort, courir en zig-zag. Le bougre est déboussolé dans les virages.
  • un tigre : surtout ne pas paniquer (!), reculer sans tourner le dos en jetant nos affaires personnelles sur le sol (strip-tease !). L’odeur des affaires sur le sol le retiendrait quelques temps.
  • un ours : grimper le plus haut possible dans un arbre. lls grimpent eux aussi mais ont quelques kilos de plus ! Si un ours obèse charge, nos chances de ne pas finir en steak sont donc plus élevées.

Plus tard dans la savane, nous entendons un bruit suspect. Nos guides se figent et nous demandent d’en faire autant. Le souffle coupé, nous prêtons l’oreille. Nous restons comme cela pendant plusieurs minutes, la peur au ventre en tentant de lire dans le regard de nos guides. Ils pensent qu’un tigre nous observe. L’attente est stressante. Puis, le bruit disparaît. Ils nous font signe de repartir mais au bruit de nos pas, deux paons prennent leur envol, tout le monde sursaute et éclate de rire ! Pas plus inoffensif qu’un géant à plumes… 😉

Nous apercevons ensuite un singe puis un daim. Arrêt devant des empreintes sur un arbre : “C’est le territoire des léopards” nous apprend-t-on.

Un peu plus loin, nos guides s’arrêtent devant des crottes de léopard. C’est fou tout ce que l’on peut raconter à la vue d’une défection féline. Ils évoquent leurs habitudes et nous racontent les dernières anecdotes en vogue dans la savane.

Et pas manqué ! Un gavial (crocodile des marais) se fait griller au bord de la rivière.

Où sont les félins ?

Nous nous arrêtons dans une cabane avec vue sur la savane pour essayer d’apercevoir tigres ou léopards. En dégustant notre pique-nique, nous scrutons attentivement l’horizon. Mais sans succès… Consolation : le repas est excellent.

Encore trois heures de marche, sans trop d’action. Nous entendons seulement deux rhinos faire crac-crac dans les fourrés sans les apercevoir ! Nous quittons le parc sur cette parenthèse amoureuse.

La rivière se teinte d’une autre palette de couleurs étonnantes.

Les environs du parc naturel

C’est au guidon d’un vélo que le Teraï nous révèle ses splendeurs. Nous nous perdons de plein grès dans les chemins qui mènent aux villages autour du parc.

L’éthnie Tharu vit ici après avoir fuit l’Inde au moment de l’invasion musulmane. Ils sont reconnus comme les premiers habitants de la région du Teraï. Expulsés du parc, ils vivent maintenant aux abords dans des maisons en terres qu’ils tentent de remplacer par des constructions plus récentes. Nous voguons au milieu des maisons et apercevons les femmes aux tenues colorées. Les buffles errent paisiblement devant les maisons.

Un petit musée explique le mode de vie du peuple Tharu. Une superbe exposition photo réalisée par Fabian Hinsenkamp et Alicia Schlender donne la parole aux habitants qui ont changé de vie après avoir dû quitter le parc.

Les maisons Tharu sont reconnaissables aux peintures sur leurs murs. Elles sont censées éloigner les mauvais esprits.

Je questionne un habitant : “Vous construisez votre maison ?”

– Non, je déconstruis !

– Pourquoi, vous déménagez ?

– Non. La terre c’est jolie mais à chaque mousson il faut refaire toute la maison.

Evidemment, on le comprend ! La modernité n’a pas que des mauvais travers… Qu’on se le dise !

Si vous êtes fan de pachydermes, vous pouvez en croiser facilement dans les rues de Sauhara. Le centre d’élevage des éléphants permet de les observer de plus près, juste après leur naissance. Les “mamas” sont surveillées pendant les 28 mois de leur gestation. On regrette l’absence d’informations à l’intérieur du centre d’élevage mais il vaut tout de même le détour.

En pratique

Surtout, ne prenez pas un “package tout compris” au départ de Katmandou. C’est beaucoup plus cher et cela n’a absolument aucun intérêt puisque sur place, vous pouvez négocier en faisant jouer la concurrence. Nous avons choisi l’agence Rhino Encounter, sur le rue principale. Les guides sont compétents et le prix négociable. La meilleure période pour visiter le parc s’étend d’octobre à février. Mais surtout éviter la mousson. Si vous souhaitez plus d’infos détaillées sur l’écosystème du parc, consultez la page du Patrimoine mondial de l’UNESCO : Parc National de Chitwan, très enrichissant !

Finalement, la région du Teraï nécessiterait bien plus que quelques jours de découverte. Nous nous sommes laissés surprendre par la beauté et l’originalité des paysages. La rencontre fortuite avec un rhinocéros nous a vraiment impressionnés ! Nous restons sur notre faim pour ce qui est des félins. Mais patience, c’est peut-être sur un autre continent que nous aurons la chance d’en apercevoir…

Connaissiez-vous la région du Teraï ? Si non, êtes-vous tentés de la découvrir ?

  1. J’adore. “un ours : grimper le plus haut possible dans un arbre. lls grimpent eux aussi mais ont quelques kilos de plus ! Si un ours obèse charge, nos chances de ne pas finir en steak sont donc plus élevées.” et trés utiles tes “en pratiques”.
    Bravo

  2. Ca c’est pas mal comme explication face aux bêtes !!!! Malgré le stress que peut comporter le récit, les photos sont “magiques”, très reposantes, bien que oui, effectivement vous étiez très proches de ce rhinocéros ! Le brouillard intensifie cette impression “d’autre monde” en plus ! Continuez bien votre aventure !! J’économise, j’économise, donc qui sait peut-être qu’un jour vous aurez un p’tit message de ma part …

  3. Bonjour

    Merci pour votre site très bien fait qui me permet à la fois de me projeter vers ma prochaine destination (mozambique) tout en me replongeant quelques années en arrière.
    Je souhaite simplement partager une belle initiative dans le centre ville de Sauhara. Une association permet à quelques femmes d’avoir un travail. Elle exploite les fibres provenant des déjections des éléphants (qui ne manquent pas dans la ville) pour en faire du papier.
    Ludovic

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