Varanasi, entre fascination et déception

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Parmi les villes les plus fascinantes au monde, il y a Varanasi.  Elle est l’une des plus anciennes au monde et la plus sacrée de l’hindouisme. Pour le voyageur de passage en Inde, elle est presque une étape obligatoire si l’on veut comprendre un peu plus les rites autour de la vie et la mort propres à la religion hindoue.

Varanasi nous a laissés une impression mitigée, oscillant entre fascination et déception.

Il est 8h et le soleil est au rendez-vous lorsque nous arrivons à celle que l’on appelait Bénarès. Fidèles à nos habitudes, nous n’avons pas la moindre idée de l’endroit où nous allons nous installer ! Aussitôt sortis de la gare, des hordes de rabatteurs en tout genre ont quand à eux une idée très précise de l’endroit où nous pourrions séjourner ! Certains d’entre eux se montrent d’ailleurs beaucoup trop insistants…

En plus d’être une ville de pèlerinage, Varanasi est devenue une destination touristique mondiale. Les locaux sont donc habitués à la présence d’étrangers et savent très bien négocier. Après une intense discussion, nous parvenons à rejoindre la ville en rickshaw motorisé.

Vers la vieille ville

Au cœur de la vieille ville, les rickshaws ne sont pas autorisés. Nous nous engouffrons dans le labyrinthe tortueux de ruelles d’où résonnent déjà les premières pujas (rites religieux).

Nous sommes suivis par des hordes de jeunes indiens qui nous harcèlent pour que nous allions dans « leur » hôtel. S’ils y conduisent des touristes, ils perçoivent une commission qui augmente donc notre prix ! Mission : se débarrasser des pots de colles ! Nous y parvenons difficilement, en se faufilant à toute vitesse dans les ruelles.

Nous visitons un nombre assez important d’hôtels dans notre budget, c’est-à-dire : de 300 à 500 roupies. Nous en choisissons finalement un qui paraît moins délabré que les autres. Dès notre entrée dans le hall, nous croisons une première souris juste devant nous ! Nous n’y attachons guère d’importance. Ce n’est pas la première fois en Inde… Cinq minutes plus tard, nous en croisons une deuxième, puis une troisième dans la chambre ! J’en informe le patron en me servant de cela pour négocier le prix. Il répond en faisant mine d’être vexé : « Les souris sont en liberté dans mon hôtel car mon Dieu est une souris. » Nous savons bien qu’il y a un temple dédié aux rats, au nord de l’Inde, mais dans ce contexte difficile de le croire… Exténués par notre long voyage, nous cédons et acceptons de loger ici, à la condition de prendre une chambre à l’étage.

En sortant de l’hôtel nous découvrons un peu plus le « spectacle » de Varanasi. Les rues sont chaotiques et la ferveur religieuse est impressionnante comme nulle part ailleurs. Les allées sont submergées de bouses de vache et surtout envahies de scooters qui se faufilent de force entre les passants. Se promener à Varanasi, c’est mettre à l’épreuve ses six sens ! (ps : le sixième sens étant celui qui permet d’éviter de justesse les cornes d’un buffle croisé à l’intersection de deux ruelles).

Pour vous donner une idée des rues de Varanasi, voici une vidéo « très artisanale » de nos déambulations dans la vieille ville.

Au bord du Gange

 

Les ghâts sont l’épicentre des rites religieux. Ces marches en pierre qui conduisent au Gange accueillent nuit et jour une foule de pèlerins s’affairant à des tâches très variées : lessive, bain, assemblage de fleurs pour les prières, crémations, offrandes… Bref, tout un univers fascinant !

Le rituel le plus impressionnant est sans doute celui qui conduit les défunts vers le fleuve sacré.

Côtoyer la mort à Varanasi

Alors que nous sortons pour faire quelques achats, nous tombons au beau milieu d’une étrange scène. Un groupe de six indiens porte une sorte de brancard en bambou en répétant inlassablement la même phrase. Sur le « brancard » nous remarquons une forme humaine couverte d’un drap coloré. Nous comprenons qu’il s’agit d’un défunt.

A leur mort, les hindous rêvent d’être immergés dans le Gange pour briser le cycle des réincarnations et atteindre le nirvana. Nuit et jour, des cortèges funèbres descendent les allées de la vieille ville pour rejoindre les bûchers au bord du Gange. Sans le savoir, nous avons choisi un hôtel tout près de l’un des ghâts de crémation. Nous observons les cortèges défiler en scandant le nom du défunt. Les premières fois, cela nous a subjugué ! Les dizaines de fois suivantes, nous étions un peu lassés d’être réveillés par les chants des familles des défunts.

Dès le lendemain, nous souhaitons en apprendre un peu plus. Nous nous approchons du ghât de crémation. Le Manikarnika ghât est le plus prisé des hindous. Une quantité importante de rondins de bois est disposée, prête à accueillir le corps du défunt.

Au bord du Gange, la scène est troublante. Aucun pleur, aucune lamentation, les proches se recueillent en entourant le corps sans vie. Quelques minutes plus tard, les flammes s’en emparent. Trois heures plus tard, les restes sont immergés dans le fleuve sacré.

Dans nos cultures occidentales, il peut sembler irrespectueux d’observer une famille réunit pour une crémation. Sachez qu’ici, les indiens acceptent sans problème la présence d’étrangers qui observent. Il faut toutefois être discret et surtout ne prendre aucune photo.

Célébrer la Vie à Varanasi

Plus loin, les ghâts sont le théâtre de rituels tous plus colorés et bruyants les uns que les autres. Tous les soirs, touristes et croyants se retrouvent autour d’une cérémonie de musiques et de danses. Nous sommes stupéfaits de voir que les rituels de la vie et la mort s’opèrent en publique et à un rythme infernal !

Le lendemain, pour apprécier le lever du soleil, nous prenons une barque à cinq heures du matin. Le spectacle est superbe. Les croyants affluent de toute l’Inde pour se baigner dans l’eau sacrée. Les hindous nettoient leur linge ou assemblent des fleurs destinées aux offrandes devant les premiers rayons du soleil.

Malheureusement, nous avons été très surpris, voir choqués, du comportement de certains touristes. Certains n’hésitent pas à prendre en photos à dix centimètres des croyants dénudés, sans même demander l’acquiescement en levant la main ou en souriant. En retour, il ne faut pas s’étonner qu’une partie de la population devienne aigris. La majorité des indiens font preuve d’une grande ouverture d’esprit en nous laissant observer leurs rituels de vie et de mort. En retour, efforçons nous de rester discret et respectueux.

Nous avons voyagé en Inde pendant deux mois et demi et avons rarement été aussi ébahis. Nous ne pouvons pas prétendre avoir « aimé » Varanasi : trop sale, trop bruyante, trop touristique…  Mais nous ne voyageons pas seulement pour « aimer » mais surtout pour être surpris et apprendre.

Bien que colorée et fascinante, Varanasi est une cité très éprouvante. Nous avons apprécié notre court séjour ici mais nous sommes heureux de repartir vers des matins plus calmes.

  1. Ho super la vidéo, ça fait du bien de vous voir un peu en live!
    c”est rock ‘n roll dit donc Varanasi, j’avais vu un reportage déjà.

    A bientot!

    I love yoooooooou

    Tatie Nat

  2. Merci pour cet article qui me replonge avec tellement de plaisir au sein de cette ville que j’ai tant aimé. Je suis allée 4 fois en Inde avant de m’y rendre mais je ne l’ai pas regretté! Il faut dire que, sans le savoir, je suis arrivée un mois après qu’une bombe ait explosée en plein coeur de la puja aarti, il n’y avait donc ni touristes ni rabatteurs et j’ai vécu ces quelques jours dans les meilleurs conditions possibles. Bénarès a signé la fin de mes 6 derniers en Inde d’une bien belle façon en tout cas…

  3. Je vous souhaite une bonne année avec pleins de belles aventures et surtout la santé pour etre super en forme durant votre voyage!
    Je suis très fidèle à votre blog c’est vraiment super de nous faire partager tout cela!!!
    A bientot
    Bon courage, bisous

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