Une rencontre surprenante à Lausanne

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Les fêtes de fin d’année m’ont conduit pour quelques jours à Lausanne. En tant qu’éternel curieux je me devais d’aller arpenter les rues  de la quatrième ville de Suisse, capitale du canton de Vaud. Mais attention, cet article n’est pas une invitation à découvrir la ville de Lausanne. Il a pour but de vous raconter une rencontre inattendue…

Dommage tout de même, j’aurais certainement pris du plaisir à vous vanter les charmes de la cité bâtie sur trois collines, dès le 4e millénaire avant J-C, à moins d’une heure des sommets jurassiens et alpins. Je me serais longuement étendu sur les 40 % de l’espace dédié aux forêts et à la verdure. J’aurais décrit ce dénivelé de plus de 500 mètres, caractéristique de la métropole,  du bois de Sauvabelin (640 m) au  port d’Ouchy (374 m).

Ce dénivelé, mes mollets s’en souviennent. Logé au sommet de Lausanne,c’est au bois de Sauvabelin que commence ma ballade. Un bois qui abrite bien des secrets, comme ce lac et cette étrange Tour de Sauvabelin  qui offre une magnifique vue sur les environs. Le parc est traversé par d’innombrables chemins de randonnée qui mènent, pour certain d’entre eux, à des petits coins de paradis que l’on parcourt des yeux depuis un banc en bois.

Arrivé au cœur de la Cité, on goûte à ce qui fait le charme même de Lausanne: rues pavées, allées serpentueuses, maisons colorées, vestiges du passé, théâtres cachés, bars inattendus…

Le Château Saint-Maire surgit au détour d’une ruelle. Siège du Conseil d’État du canton de Vaud, il incarnait déjà l’autorité locale en tant que haut lieu du clergé depuis sa construction en 1396.

Bon je m’égare sûrement un peu mais… Comment ne pas  notifier l’impressionnante Cathédrale avec sa façade ornée du croisillon méridional ?

J’aurais sans doute pu aussi vous raconter mes déambulations au bord du lac Léman ou comment le bouillonnement culturel et commercial laisse place à la quiétude des bords d’un lac de montagne. On y admire le Château d’Ouchy, construit en 1170 et, un peu plus loin, les vignobles en terrasses du Lavaux, à flanc de colline. En face, les neiges éternelles des Alpes françaises complètent le tableau.

Sur le chemin du retour, c’est aux abords du Palais de Rumine qu’une affiche attire mon attention. Cet édifice abrite plusieurs musées emblématiques de Lausanne: beaux-arts, archéologie, histoire, géologie… Une grande partie du bâtiment est occupé par la bibliothèque cantonale et universitaire. Pas étonnant qu’on y croise beaucoup d’étudiants, livres en main, massés dans les salles de réunion qui entourent le hall majestueux.

88888888888888888888888888888888888888888888888888888L’ affiche en question est celle d’un écrivain français d’origine suisse. Ses valises se sont un jour posées à Lausanne, lorsqu’il publia deux de ses premiers textes autobiographiques: Une nuit dans la forêt et Vol à voiles. Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric Louis Sauser, a marqué la Suisse de son empreinte. Il naît en 1887 La Chaux-de-Fonds puis a connu  Bâle et Neuchâtel.

Blaise Cendrars en quelques citations:

“Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie.”

“Pour être désespéré, il faut avoir vécu et aimer encore le monde.”

“Rien n’est admissible ; sauf la vie, à condition de la réinventer chaque jour.”

“Quand on aime il faut partir.”

J’avais déjà eu l’occasion de lire quelques lignes de la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France mais je ne m’étais jamais vraiment intéressé à sa vie, son œuvre.  A cette exposition, j’ai pu lire l’intégralité de son poème Les Pâques à New York dédié à la grosse pomme, en 1912. C’est d’ailleurs à cette date qu’il choisit son pseudonyme. Celui qui a mêlé la cendre et l’art a livré une sublime description de New York à l’aube du XXe siècle.

“Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le Sacrifice

Est ici, parquée, tassée, comme du bétail, dans les hospices.

D’immenses bateaux noirs viennent des horizons

Et les débarquent, pêle-mêle, sur les pontons.

Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols,

Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols.”

Extrait de Les Pâques à New York, publié dans la revue La Rose Rouge en 1912.

Il dit avoir pratiqué “une vie de contemplation” faite de voyage, d’observation et d’écriture. Il laisse poésies, romans, reportages et mémoires où l’aventure occupe à chaque fois une place importante. L’originalité de son œuvre est qu’elle mêle avec habileté le réel et l’imaginaire. Ce style lui a d’ailleurs valu quelques critiques, notamment sur le Transsibérien. On “l’accusa” de n’avoir jamais pris le mythique train russe. Lui, se contenta de répondre: “qu’est ce ça peut vous faire puisque je vous l’ai fait prendre à vous tous”.

Il y avait aussi le texte J’ai tué qui relate son expérience militaire. Au début de la guerre 14-18, il s’engage dans l’armé puis rejoint la Légion Étrangère. Marqué par cette expérience, il publie un texte très fort relatant  l’horreur de la guerre qui, entre autre,  lui prit son bras droit. Un texte puissant et réaliste.

Je quitte Lausanne avec deux certitudes. La première est que cette ville, et la Suisse en général, méritent vraiment le détour. J’y retournerai très certainement avec plus de temps. La deuxième est de ne plus attendre pour me plonger dans l’œuvre de Blaise Cendrars. Vous en entendrez parler sur le blog.

Et plus tard, nous retournerons sur les bords du lac Léman.

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