Salvador de Bahia, l’ âme du Brésil

image

Berceau de la culture afro-brésilienne, Salvador de Bahia a tout du Brésil rêvé. L’ancienne capitale du pays est un cocktail de culture où s’y mêlent des accents méditerranéens, africains et amérindiens. Elle est encore assez méconnue des voyageurs et pourtant elle mérite largement le détour. Je vous emmène à la découverte de cette ville singulière à travers trois ambiances.

photos_salvador_de_bahia_actisphere


Cet article a initialement été publié dans l’édition locale du  Journal de Saône et Loire. 

_

Plage, surf et frime

Etonnant de voir ce qu’une ville de trois millions d’habitants peut offrir. Je commence ma découverte par le bord de mer, quelque part sur les 50km du littoral urbain.

Vue sur la plage de Barra

Le quartier de Barra a le mérite d’empiler un a un les clichés des plages brésiliennes. En plein hiver, les températures avoisinent les 30°. Entre le fort colonial de Barra et la statue de Jésus, les surfeurs font leur signe de croix avant d’aller défier les vagues de deux mètres. J’achète une noix de coco en guise de boisson et puis « paille au bec », je parcours la plage. Sur le sable brûlant se côtoient tous les âges et classes sociales. Les hommes exhibent leur dernier tatouage et leurs muscles huilés, les femmes portent fièrement le string. On comprend rapidement comment les chirurgiens esthétiques font fortune !

Ici point de chichi ni de chouchou, les mets ont des saveurs d’Afrique. Les afro-brésiliennes proposent caranguejos (crabes) et acarajés (boulettes de haricots pimentées). Je me délecte de ces saveurs nouvelles puis suis la côte pour rejoindre le centre-ville. J’emprunte l’Elevador Lacerda, gigantesque ascenseur emblématique de la ville, pour rejoindre le « Pelou » quartier colonial haut en couleurs.

Les afro-brésiliennes vendent caranguejos et acarajés

 

Salvador, la “Rome noire”

Le Pelourinho, littéralement « petit pilori », est l’endroit où l’on punissait les esclaves à coups de fouets jusqu’à l’abolition de l’esclavage au Brésil en 1888. Au XVIe siècle, le besoin de main d’œuvre pour la culture de la canne à sucre et sa proximité avec les côtes africaines en font le principal port d’arrivée des esclaves africains. Le quartier historique de Salvador a conservé ce nom comme pour exorciser son passé tragique. Aujourd’hui, il est une mosaïque de couleurs pastelles qui transpire une énergie débordante. La musique est reine. Elle est partout.

Une groupe de percussionnistes au Pelourinho

Avec plus de 350 églises, le surnom de « Rome noire » est largement mérité. Les maisons coloniales rénovées ont permis au site d’être classé au patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 1985.

Le très coloré quartier du Pelourinho

Dans le dédale des rues pavées, je me ballade d’une curiosités à l’autre. En choisir une est un véritable casse-tête, toutes jouissent d’un pouvoir d’attraction hallucinant. L’une d’entre-elles m’amène devant une église à façade bleue, Nossa Senhora do Rosário dos Pretos, qui a la particularité de n’abriter que des saints à la peau noire. Une autre me mène à la place Santa Theresa. Devant la cathédrale, deux hommes vêtus de blanc exécutent une danse guerrière sous le regard médusé des passants. Trois hommes les entourent avec d’étranges instruments. Salvador est le berceau de la capoeira, un art martial pratiqué partout dans le monde. On raconte que les esclaves ont développé cette forme de combat aux allures de danse pour ne pas éveiller de soupçons chez leurs maîtres.

La danse et le combat sont depuis toujours intimement liés à l’âme des baihanos.

Une séance de Capoeira, entre danse et combat

 

 Au cœur des favelas, la fabrique de champions

Les gratte-ciels flambants neufs ne peuvent masquer les favelas qui s’agglutinent sur les collines autour de la ville. Je me demande si je n’ai pas franchi une frontière tellement le paysage change.

5-le_quartier_de_cidade_nova (2)

Trois fois par semaine, je me rends dans le quartier de Cidade Nova en prenant le premier bus qui semble se diriger vers le nord de la ville. Comment mieux découvrir une ville qu’en s’y perdant ? Il m’arrive de mettre deux heures pour aller à l’entrainement. Qu’importe, je fais de nombreuses rencontres. Certains habitants m’accompagnent pendant une dizaine de minutes et en profitent pour me raconter leur réalité. Je tente de retrouver mo

n chemin dans le labyrinthe de ruelles escarpées, traversées par les fils électriques. A chaque fois, j’atterris devant le stade de football Fonte nova construit pour la Coupe du Monde de la FIFA. Il peut accueillir plus de 50 000 personnes et a coûté près de 200 millions d’euros. Aujourd’hui, il moisit en silence, lentement. Après quinze minutes de marche, j’atteins mon but.

A priori, Cidade Nova est le genre de quartier où l’on pourrait s’attendre à croiser le désespoir, cousin direct de la misère. Mais il n’en est rien. Là aussi Salvador brûle d’agitation et d’optimisme. Le désengagement des pouvoirs public a forcé les habitants à s’organiser en milices pour garantir la sécurité et plusieurs initiatives sociales font du quartier un lieu agréable et vivant. A l’entrée, je remarque le portrait d’Acelino Freitas. Il apparaît gants aux poings sur une affiche électorale. Le multiple champion du monde de boxe s’est reconvertit dans la politique en tant que député de la région de Bahia. Il a gravi une à une les marches vers le succès, depuis ce club de boxe jusqu’au bancs de l’Assemblée.

Plus loin, un bâtiment bleu se détache des bâtisses croulantes en briques rouges. La « Champion Academia » est considérée comme le meilleur club du pays. Ici, viennent suer des combattants de MMA (Arts Martiaux Mixtes) du prestigieux championnat UFC (Ultimate Fighting Championship) tels que Bruno Menezes ou Hugo Viana. Les médaillés mondiaux de boxe, Everton Lopes et Robson Conceição, se démènent sous l’œil de Luiz Dorea, créateur du club. Fernando, l’un des managers, m’assure que « former des champions n’est pas le seul objectif ». Il me décrit fièrement le programme « Champions de la vie » qui permet à plus de deux cents enfants sans le sou de s’entraîner gratuitement. La rigueur et la discipline imposées par la boxe les éloignent des gangs qui sévissent dans les environs.

Robson Conceição, l’espoir de médaille d’or aux Jeux Olympiques de Rio en 2016

Certains matins, je surprends les boxeurs prenant leurs petits déjeuners au bord du ring. « Nous sommes avant tout une famille », aiment-ils me répéter. L’ambiance détendue est trompeuse. Ici, s’entraînent les principaux espoirs de médaille d’or aux Jeux Olympiques de Rio en 2016. Ils ne savent presque rien de moi et je ne parle pas leur langue. Pourtant, ils m’accueillent comme un roi.

Après l’entrainement, à l’Académie des Champions

 


Une journée à Salvador s’achève forcément à la terrasse d’un bar. À ma droite un groupe de percussionnistes se déchaîne, à ma gauche des visages tout sourire s’avancent pour entamer la conversation, devant moi le coucher du soleil, les vagues et un verre de caipirinha. Plus tard dans la nuit, la musique s’accélère, les pétards résonnent et l’on se déhanche au rythme de la Samba. Et puis le lendemain, recommence le bal infernal. Il n’y pas de jour où la fièvre retombe.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *