Récit du trek de Goetcha La au Sikkim (Partie 2)

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Nos trois premiers jours de trek dans le Sikkim ont tenu leurs promesses. Le Kangchendzonga, 3e sommet du monde qui culmine à 8 586m, trône maintenant à l’arrière plan. Le temps se rafraîchit et nos muscles commencent à se faire à l’effort prolongé. Dans la première partie du récit, nous avons partagé l’avant-trek et les trois jours qui ont précédé notre arrivée au premier point de vue de Dzongri La. Place maintenant aux coulisses du trek et aux deux points forts, les sommets de Dzongri La et Goetcha La.

Jour 4 – Dzongri à Thansing, de 3950m à 3800m (6h)

C’est une journée bien remplie qui nous attend. En ligne de mire, le point de vue de Dzongri La à 4 300m, puis descente vers le refuge de Thansing. Le cuisinier, tout sourire, nous réveille à 4h du matin avec deux tasses de thé bouillantes. Il n’est pas évident de se lever mais l’excitation nous hisse hors du lit.

L’ascension est éprouvante bien qu’elle ne dure qu’une heure. Nous profitons du lever du soleil sur les nuages. Le point de vue se situe un peu plus haut que celui que nous avons découvert au jour 3. Le paysage est donc familier mais encore plus impressionnant !

Le ciel est sombre mais une fine ligne rougeâtre apparaît. Plus tard, il se teinte de rose autour des plus grands sommets.

Nous sommes transis de froid. Le vent nous mord à pleine dent. Nous prions le soleil de réaparaître ! Au bout de quelques minutes, le voilà qui se montre. Les drapeaux de prières reprennent leurs couleurs et le ciel, une fois de plus, change de teinte.

Le point de vue de Dzongri La à 4300m

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Nous redescendons jusqu’à Lamuney. Au lieu d’y passer la nuit (itinéraire habituel du Goetcha La trek), nous nous mettons d’accord avec notre guide pour filer directement au Thansing qui n’est qu’à 2 heures de marche.

* Les coulisses du trek *

Si la marche entourée de sommets enneigés constitue, évidement, le point fort du trek de Goetcha La , les petits moments quotidiens perchés dans les montagnes nous ont tout aussi ravis. Au bout du 4e jour, les liens se renforcent au sein de l’équipe. Nous en apprenons un peu plus sur l’autre. Les premières habitudes se dessinent et les contours d’une délicieuse routine s’installent.

* Les instructions du guide. Attention, moment solennel. Chaque soir, Bikram nous réunissait autour de lui pour délivrer ses instructions. Dès qu’il était certain d’avoir toute notre attention, il commençait alors son discours. Les yeux dans les yeux, il énonçait notre planning du lendemain : “Demain, réveil et thé à 6h, 6h30 toilette avec bassine d’eau chaude, 7h sac à dos prêts, 7h30 petit déjeuner, 8h départ” Puis, il annonçait l’étape du jour. Droit dans les yeux, il s’assurait que la journée écoulée s’était bien passée et nous rappelait que la clé pour se sentir bien est de “boire aussi souvent que l’on peut”.

* L’attente du dîner. Attention, moment critique. Tous les soirs, nos estomacs grondaient en choeur. Nous nous réunissions autour d’une table, parfois improvisée, et entourés de bougies nous attendions le repas. Commençait alors un débat sur les potentiels plats qui allaient assouvir notre faim. Au final, nous n’avons jamais été déçus !

* La toilette, transi de froid. Tous les matins, le cuisinier nous servait à chacun une bassine d’eau chaude pour la toilette. Rappelons que nous n’avons pas pu nous doucher pendant une semaine ! Les conditions sont tellement différentes que cela ne nous a pas vraiment manqué. Enfin, avouons qu’au 5e jour, l’impatience commençait à monter.

* La théière comme meilleure amie. Fanny m’a délaissé pendant toute la 2e partie du trek pour une théière bouillante… 😉 Avant de se coucher, le cuisinier remplissait aussi notre gourde d’eau bouillante. Tout les soirs donc, nous avions une bouillote pour résister au froid ! Un conseil : si vous souhaitez en profiter, amenez une gourde en métal pour contenir l’eau chaude !

J’aurais aussi pu citer, pêle-mêle : le réveil par le chant des oiseaux, les couchers et levers du soleil magiques, les odeurs nouvelles, les plantes qui défiaient notre imagination…

Fin de la parenthèse, revenons à nos moutons yaks ! 😉

Jour 5 – De Thansing à Goetcha La (par Lamuney), de 3800 à 4700m (8h)

Réveil à 2H45 du matin. « Tea is ready ! » nous lance Bikkram. Il fait très froid à 4 200m mais nous réussissons à nous glisser hors de la tente. Nous rejoignons la cabane, frigorifiés, pour un petit déjeuner rapide (thé et porridge) juste de quoi grimper jusqu’au Goetcha La.

Nous sommes bel et bien le jour J ! Si tout va bien, nous allons enfin arriver à Goetcha La. Jusque là, notre acclimatation s’est très bien passée. Une point d’inquiétude est tout de même toujours présent. Au moindre signe de malaise de la part de l’un d’entre nous et c’est toute l’équipe qui devra redescendre.

Nous montons pendant 3h dans l’obscurité, équipés de nos lampes frontales. Nous devinons les sommets autour de nous. Nous en distinguons même quelques-uns au milieu d’un ciel étoilé. Nous terminons notre ascension dans la neige puis dans la glace !

Le sommet se montre enfin, entouré d’une dizaine de drapeaux bouddhistes. Nous attendons patiemment le lever du soleil. Quel spectacle ! Le Kangchendzonga est le premier à se teinter de rose sous l’effet des rayons du soleil. Quelques minutes plus tard, nous sommes encerclés de plus d’une quinzaine de sommets enneigés. Ils dépassent tous les 6 000 mètres.  La vue à 360° est juste magnifique !

Le point d’orgue de l’aventure : le pic de Goetcha La, à 4700m d’altitude. Nous sommes en admiration devant les pics enneigés qui nous entourent dont le majestueux Kangchendzonga, 3e sommet du monde, à 8 586m.

Une citation d’Ehrard Loretan, à méditer : « La montagne offre à l’homme ce que la société ne lui offre plus du tout », « la société aseptisée tue l’expérience »

A noter que le sommet du Goetcha La culmine à 4 950m. En raison d’une épaisse couche de glace nous n’avons pas pu aller jusqu’à cette altitude. En moins de 2h nous rejoignons notre camp de base pour le déjeuner. Il vient tout juste d’être envahi par le soleil. Nous descendons ensuite jusqu’à Kokchurung.

Jour 6 et 7, descente par Kokchurung et Tshoka de 4  200m à 1700m (6 à 7h de marche par jour)

Kokchurung est un havre de paix splendide au milieu d’une forêt. A notre réveil, le ruisseau glacé nous attend pour la toilette.

Nous profitons de nos derniers moments de marche en pleine nature. La descente assène le coup de grâce à nos articulations. Au bout de six jours de marche, nos mollets et quadriceps accusent le coup.

Le dernier soir est inoubliable. J’empoigne mon harmonica (même si je ne sais toujours pas jouer) et nous dégustons un gâteau dans la joie et la bonne humeur 😉 ! Nous sommes une fois de plus touché par la délicate attention de notre cuisinier. Comment peut-il faire un gâteau si bon, à cette altitude, et avec un feu de bois ?

La descente apporte elle aussi son lot de surprises. Le temps, capricieux, donne aux paysages une touche mystique.

Notre équipe, l’avant dernier jour du trek

Photos souvenir : Fred, Fanny, Bikram (notre guide), Sibila (porteur), Tendu (yakman), Raj (le cuisinier), un inconnu sorti des bois (!) et Ben (our fantastic english friend)

L’aventure s’achève avec une pointe de nostalgie (sauf pour nos mollets). Nous jetons un dernier regard aux sommets enneigés sans savoir, où et quand, nous les reverrons.

Il a fallu résister au froid, avec des nuits en tente à plus de 4000m d’altitude et se priver de douche pendant une semaine mais cela en valait la peine. Le Sikkim est l’endroit rêvé pour les amateurs de marche en pleine nature. Les vallées profondes, la forêt, la jungle, les drapeaux de prière qui conduisent à des monastères, les très nombreux sommets de plus de 6 000m… Tout cela nous a laissé un souvenir indélébile.

Conclusions pratiques. Les chevaux sont beaucoup plus efficaces que les yaks. Nous avons croisé nombres de yaks suffoquant dans les sentiers. N’emmenez avec vous que le strict nécessaire mais tout de même : gants, écharpe, chaussettes très chaudes, doudoune et tee-shirts thermolactyls de préférence. Surveillez de très près votre état de santé et buvez très très souvent.

Quand partir ? De Septembre à fin novembre : si vous ne craignez pas le froid et si vous voulez éviter la foule. Mi-novembre me semble être parfait. D’avril à juin : si vous souhaitez admirer les rhododendrons en fleurs et si le monde ne vous fait pas peur.

Bien négocier votre trek. N’hésitez pas à demander de faire partie d’un petit groupe. Important : le trek de Goecha La est présenté sur 8 jours mais si votre acclimatation se passe bien, il est très facilement réalisable en 7 jours. Servez-vous de cet argument pour négocier votre prix. Le tarif du trek est très variable en fonction de la saison, de la taille du groupe, des conditions (tentes ou refuges par exemple) et surtout de votre aptitude à la négociation. Sachez qu’il faut compter de 300 à 600 euros par personne.

Coordonnées de notre guide Bikkram (anglophone) :

N’hésitez pas à lui demander des précisions sur le déroulement de l’aventure ! Nous nous permettons de vous le conseiller pour plusieurs raisons :

  • Bikkram est très expérimenté et il surveillait notre santé très régulièrement.
  • L’équipe qui nous entourait était majeure, bien équipée et formée à la montagne. Nous avons noté de tristes exemples dans les autres agences : porteurs en sandales, mauvais équipement, guides inexpérimentés, nourriture au compte-gouttes…
  • Cet article a été réalisé en partenariat avec l’agence Himalayan Journeys.

On se quitte avec l’image du soir de l’arrivée de trek. Invités par nos guides nous goûtons la bière du Sikkim, à 8% d’alcool tout de même, puis une bière tibétaine artisanale. Cette dernière, qu’on appelle la Tongba s’apprécie chaude, avec une paille. C’est une bière traditionnelle brassée à partir d’orge, de millet, d’éleusine, d’avoine, de blé noir ou de riz. Sachez que cette boisson est réputée pour avoir des effets thérapeutiques dans toute l’Himalaya. Nous nous sommes donc soignés 😉

Alors, prêt à partir pour un trek au Sikkim ? N’hésitez pas à nous questionner au sujet des détails de cette aventure !

  1. Wahouh Fanny!! Même sous 15 couches de polaires et autres doudounes tu reste belle et quelle énergie malgré le froid et l’altitude!
    Continuez à nous faire rêver et profitez, ici l’ambiance est si morose.

  2. Bonjour Fred et Fanny,

    Wow ! Quelle aventure incroyable ! Ça donne vraiment le goût, même si j’ai encore quelques appréhensions comme l’effort soutenu que cela doit demander jour après jour, le froid et l’acclimatation à l’altitude. Aviez-vous déjà fait un trek auparavant ? Selon vous, est-ce que ça prend une préparation spéciale ou seulement une bonne forme physique générale ? Et pour ce qui est des manteaux chauds, vous les aviez déjà avec vous ou vous les avez achetés sur place avant le départ du trek ? Pour ma part, je garde précieusement les coordonnées de votre guide. Je pense que c’est un défi que j’aimerais relever. Merci pour ce beau témoignage !

  3. Salut Mario,
    Merci et content que le récit de donne envie de tenter l’aventure !
    C’était le premier trek pour Fanny. La fin a été un peu difficile pour elle. J’ai pour ma part déjà fait pas mal de randos mais jamais à de telles altitudes. Je pense qu’il suffit d’avoir une bonne forme physique générale. Si l’on souffre moins physiquement ça permet de mieux apprécier le trek. On avait déjà passé deux mois en Inde à porter nos sacs chaque jour. Je pense que cela a renforcé nos mollets et augmenté notre endurance générale.
    Si tu voyage pour une courte période, le mieux est sans doute d’apporter sa propre doudoune. Sur place, on trouve surtout des mauvaises copies de marques. Pour un voyage au long cours on peut difficilement transporter des affaires très chaudes. A Darjeeling, nous nous sommes donc éloignés du centre ville pour acheter deux doudounes très chaudes à moindre prix (environ 12 euros).
    A bientôt !

  4. Bonjour Fanny et Fred,

    Magnifique trek !!! que de souvenirs qui resteront dans vos têtes à tout jamais … Pour moi, j’ai fait le tour des Annarpunas, inoubliable et pourtant ça fait presque 30 ans !!!
    Maintenant c’est mon grand qui part en septembre pour ses études en Inde du Nord à Lucknow et il a l’intention d’aller au Népal pour faire un trek (comme sa Maman!!). Mais comme il aura grand max que 2 semaines, il serait plus intéressant pour lui de faire le trek du Goecha La. Alors j’ai quelques questions :
    Comment avez vous rejoint Yukson?
    Pouvez vous me préciser les étapes pour arriver à Yukson à partir de Darjelling (moyens de transports, nb de jours …)?
    Quel est l’aéroport (ou la gare) le plus près?
    Quelles sont les difficultés du trek (en dehors du mal de l’altitude) entre autre pour les genoux?
    Quelle est la meilleure période pour faire ce trek entre septembre et fin janvier?
    Connaissez vous Gangtok et vers l’Est de Gangtok?
    Avez vous eu connaissance de d’autres treks dans la région du Sikkim?

    Pour finir MERCI de partager votre voyage et de nous faire rêver. L’idée de repartir faire un trek en Himalaya est toujours là, et j’espère pouvoir le faire dès ma retraite (encore quelques année à attendre!!)
    Bonne continuation
    Sylvie

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