Récit du trek de Goetcha La au Sikkim (Partie 1)

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Le Sikkim a de quoi faire rêver. Ancien royaume perché dans les monts himalayens, rattaché à l’Inde en 1975, entouré par le Bhoutan, le Tibet et le Népal, il abrite le troisième sommet du monde après l’Everest et le K2 : le Kangchendzonga, à 8586m. 

Et pourtant, nous n’avions pas envisagé de partir à sa découverte. Après deux mois de vadrouille en Inde, nous avons posé nos sac-à-dos à Darjeeling en attendant que la crise politique qui secoue la Népal trouve une issue favorable. Le hasard du voyage nous a amené vers la « Terre du bonheur ».

De retour d’un trek d’une semaine au Sikkim, deux françaises rencontrées dans un restaurant parlent de leur aventure avec émerveillement. Elles nous transmettent les coordonnées d’un « très bon guide » de la région, Bikram, et deux jours plus tard nous prenons la route pour l’ancien royaume. Cette rencontre a fait toute la différence. Nous avions envisagé de faire un trek au Sikkim mais les prix prohibitifs et la pléthore d’agences nous avaient presque découragé. Nous étions fin novembre et le froid aurait, lui aussi, pu nous retenir.

En quelques mots

Pourquoi choisir le Sikkim pour trekker ? Les paysages sont variés et magnifiques. C’est une région relativement peu fréquentée, si l’on compare avec les Annapurnas (au Népal) et le Ladakh par exemple. Enfin, le Sikkim est au carrefour des cultures népalaises et tibétaines.

Pourquoi partir avec guides et porteurs ? Première raison, et non des moindres, puisque c’est obligatoire. Si vous désirez partir seul il faudra s’acquitter d’une taxe journalière très élevée et les locaux vous regarderont d’un très mauvais œil. A près de 5000m mètres d’altitude, le Goetcha La n’est pas sans risque. Il est toujours bon d’être accompagné d’un professionnel de la montagne. Il n’y a aucun restaurant ou magasin après 1700m. Il serait très difficile, seul, de porter sa nourriture sur une semaine. Trekker avec des locaux est une bonne occasion d’en apprendre un peu plus sur la culture et les cuisiniers concoctent des plats locaux succulents.

 Nous avons décidé de retransmettre cette aventure en détails pour aider et inspirer tous ceux qui souhaitent effectuer le trek de Goetcha La. Bonne lecture !

Vue depuis Yuksom vers les sommets enneigés

 Carnet de voyage : le Goecha La trek

Rejoindre Yuksom

Nous nous rendons dans le village de Yuksom, point de départ du trek de Goecha La. Ancienne capitale du Sikkim, Yuksom est un village sympathique qui offre quelques excursions aux environs. La veille du départ, nous visitons les monastères bouddhistes (ou gompas) des alentours et marchons quatre heures en guise d’échauffement.

J-1 – Dans les starting-blocks

Nous sommes la veille du départ vers les sommets himalayens. J’aime ces moments. L’excitation et l’appréhension se mêlent et l’on tente de lire, en vain, l’avenir dans le mouvement des nuages. Il n’y a ce soir aucun endroit où je pourrais être plus heureux. A quelques kilomètres de nous trône le Kangchendzonga, troisième plus haut sommet du monde. Demain, nous marcherons jusqu’au point de vue de Dzongri-La et de Gotcha-La.

Il n’y a pas de meilleure nuit que celle qui précède la réalisation de l’un de ses rêves.

Jour 1 – Yuksom à Sachen – 1700m à 2200m (4h)

Le lendemain, dès 7h du matin, nous sommes au point de rendez-vous pour rencontrer l’équipe qui nous accompagnera pour cette aventure. Bikram, notre guide, nous attend avec Raj, le cuisinier, Sibila, son assistant et porteur et Tendu, le responsable des 4 chevaux qui transportent la nourriture et les affaires. Nous pensions partir avec des yaks, ce qui aurait ajouté une touche exotique à l’aventure, mais nos guides ont préféré les chevaux pour leur rapidité. Après avoir fait connaissance avec Ben, un trekkeur anglais, nous voilà en route vers les montagnes. Nous serons donc sept personnes pour ce trek. Bikram profite des premiers kilomètres pour nous répéter les consignes de sécurité et nous raconte ensuite la vie à Yuksom.

Nous ne marchons que 4h cette première journée, en comptant les nombreuses pauses pour attendre les chevaux. Nous grimpons par d’étroits sentiers à travers la jungle. Dès l’entrée du parc naturel du Kangchendzonga, la végétation est plus exubérante et dense.

A 13h, nous arrivons à Sanchen, un petit camp avec une cabane en bois de deux pièces. Nous attendons le repas avec impatience ! Il est délicieux : thé noir et avalanche de mets exotiques : salade de carottes et céleris, noodles, pain népalais, bananes, beignets… Après le repas, nous avons beaucoup de temps. Le dîner est prévu à 17h30. En attendant, nous jouons aux cartes avec Ben. Les guides nous ont installé des tentes à 20m un peu plus haut du camp. Entourés par la forêt, la nuit promet d’être bonne !

Nous rejoignons notre équipe pour le dîner : thé au citron et un énorme repas avec riz, salade, courgettes et une délicieuse sauce. Nous nous régalons ! C’est aussi l’anniversaire de Ben. Ce soir il fête ses 36 ans. Je sors mon spécial : une bouteille d’eau de vie offerte avant le départ en voyage par mon pote Christophe. Elle nous réchauffe. Il est seulement 19h quand nous nous couchons.  Petit bonus, Fanny a le droit à de l’eau chaude dans sa gourde ce qui lui fait une bouillote pour la nuit. A 20h nous sommes déjà endormis !

Jour 2 – De Sachen à Tshoka – 2200m à 3000m (4h)

A 6h30, Bikram nous réveille avec du thé. La nuit a été bonne. A 7h30, nous descendons dans la cabane. Nous avons chacun le droit à une bassine d’eau chaude pour notre toilette avec un savon. Un vrai luxe ! A 8h le petit déjeuner est servi : thé, corn flakes, lait chaud, pommes de terre, miel et confiture. Nous partons à 9h pour environ 4h de marche et une heure de pause. Nous apercevons enfin les premiers rayons du soleil. Il y a aussi plus de dénivelé aujourd’hui.

Une dizaine de minutes avant l’arrivée, notre porteur nous apporte du jus d’orange chaud avec du sucre ! Cette délicate attention nous surprend. Arrivée à Tshoka, le temps est malheureusement couvert. Nous mangeons ensuite : pates, légumes, soja et bananes. Notez que tous les plats sont végétariens mais très variés.

Nous dormons dans un refuge en bois perché sur une colline avec vue sur les sommets enneigés. Les alentours sont jalonnés de petits temples colorés qui se prêtent à merveille à « l’exercice de la sieste ».

Jour 3 – De Tshoka à Dzongri – 3000m à 3950m (5h30)

Encore une très bonne nuit. Je me suis juste levé à minuit mais sans regret car j’ai pu admirer le ciel étoilé. A 6h, notre cuisinier frappe à la porte avec des tasses de thé. J’ouvre les rideaux pour contempler la vallée : ciel bleu, ligne rouge à l’horizon et chant d’oiseaux. Nous pouvons enfin admirer les sommets qui étaient couverts la veille.

Nous dégustons notre petit déjeuner accompagnés d’oiseaux exotiques.

A 8h30 nous prenons la route. Le chemin est très bien entretenu et les morceaux de bois qui jalonnent le sentier sont très utiles. Nous nous arrêtons toutes les heures car le dénivelé est assez important. Nous sommes encore dans les bois mais ils deviennent de plus en plus clairs. Nous rejoignons un chemin en pierre et sommes submergés par le parfum des arbres. Quels sont ces étranges arbres roses ?! L’ascension aura duré 5h.

La forêt laisse place à de larges plaines peuplées de yaks sauvages ! Alors que je les prenais en photos, Fanny sympathise avec l’un d’entre eux… Pour être franc, j’ai eu un peu peur qu’il charge ! Mais pas de soucis les yaks sont nos amis 😉

Nous arrivons à Dzongri, à 4000m ! Fabuleux point de vue sur plusieurs sommets, avec les éternels drapeaux de prières tibétains.

Sur le chemin et particulièrement aux sommets nous croisons de nombreux monticules de pierres surplombés par des drapeaux de prières tibétains. Il s’agit de “Dotcheus”. Ces cairns placés sur notre chemin sont une offrande de pierres aux Dieux bouddhistes.

Le temps de prendre quelques photos et de méditer sur l’immensité qui nous entoure et nous marchons encore 15 min jusqu’au camp.

Nous sommes accueillis avec le thé et biscuits suivis du repas. La journée est superbe ! Nous avons chaud et profitons de la vue au-dessus des nuages. Nous marchons de nouveau 20 minutes pour aller voir le merveilleux coucher de soleil au-dessus des nuages. Il suffit de suivre un sentier derrière le refuge pour grimper jusqu’aux collines qui le surplombent.

Nous sommes si haut que la terre nous révèle ses courbes. Devant un tel spectacle, nous demeurons muets et savourons “les délices de la solitude et du calme“.

La suite au prochaine épisode ! Au programme de la partie 2 : les jours 4 et 5, l’arrivée à 4700m, les deux jours de descente et plus de photos des coulisses du trek ! 😉

>> Retrouvez la deuxième partie du récit en suivant ce lien : Trek de Goetcha La, 2e partie

  1. Quel bonheur de lire vos aventures à chaque fois, je suis émue de vous voir si heureux .
    Les photos sont magnifiques mon Fred.

    Pleins de bisous à vous deux.

    Tatie Nat.

  2. Que dire de plus que magnifique! Ça prouve que l’idéal est de ne pas avoir un itineraire trop fixe et de se laisser guider par les rencontres. Ca l’amene bien souvent à des experiences inoubliables. Par curiosité, à combien revient un trek comme celui-ci?

  3. Alors là, c’est du grandiose.Felicitations à Fred, c’est magnifiquement écrit.Merci Fanny de m’avoir donné l’adresse de ta copine. Je fais suivre ton mail à Silvère.Vous avez moins froid que Victo et Manon!

  4. Ton oeil de photographe est de plus en plus aiguisé ! C’est réellement magnifique ! Merci, sincèrement, de nous faire partager ces instants de douceurs, de quiétude et de zen.

    1. Merci Anaïs pour tes compliments, ça récompense le fait d’avoir trimballer un reflex pendant une semaine de trek ! Je l’ai beaucoup détesté, surtout sur la fin 😉

  5. C’est tout simplement magnifique et vos photos sont superbes. Je pense de plus en plus à vouloir faire un trek comme celui-là. Je m’en vais tout de suite lire la deuxième partie !

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