#ParistanbulTrip Acte 2 – Patience et bretzels

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Voici le deuxième volet de l’aventure #ParistanbulTrip! Début mars, j’annonçais mon départ en lançant un petit concours qui consistait à parier sur le temps que j’allais mettre pour rejoindre Istanbul en auto-stop. Il ne s’agissait ni d’une course ni d’un challenge! Certains l’ont bien compris en pariant sur plus de dix jours. Il fallait prendre en compte les tentations ou contre-temps qui pourraient prolonger mon voyage…

J’ai donc mis six jours pour rejoindre Istanbul, sans me presser ni prendre mon temps mais en obéissant aux seules lois du hasard et de l’improvisation. Avec le recul, j’aurais souhaité mettre deux fois plus de temps, pour apprécier les paysages et prolonger quelques rencontres intéressantes.

Gaëlle et Morgane ont donc parié sur la bonne durée, à l’acte 1! Bravo à elles! Nous procéderons au tirage au sort au moment du dernier article de l’aventure pour savoir qui a gagné un exemplaire du fanzine Phénomènes + un livre de littérature de voyage. En attendant, place au récit de l’aventure.

En route vers l’ Est !

Nous sommes dimanche 3 mars. Mon sac à dos 15 litres est déjà prêt et j’ai eu le temps, la veille, d’acheter une carte de l’Europe chez le Vieux Campeur. Google Maps m’annonce que  2 750 km me séparent d’ Istanbul. Si j’en crois le tracé, je traverserai les sept pays suivants: Allemagne, Autriche, Slovénie, Croatie, Serbie, Bulgarie et bien sûr Turquie. Je n’ai pas trouvé d’itinéraire plus précis. De toute façon, si Google le dit…

Je vérifie une dernière fois que mon sac contient bien au minimum les 3 C: Contenant, Coupant et Couvant (merci Eric 😉 ). J’empoigne un surligneur et trace mon itinéraire à main levé. Et puis, exténué par cette phase de recherche et d’étude de carte intensive, je vais me coucher en prenant soin de mettre mon réveil à 6h30. Pas question de louper les premiers départs pour Strasbourg!

Réveil raté. Dans un éclat d’inconscience j’ai du éteindre mon réveil… Il est déjà 8h30. Je prends le temps d’avaler un petit déjeuner gargantuesque, je vérifie mon sac et me voilà prêt pour la route!

En bas de mon immeuble, je prends soin d’allumer mon portable pour suivre mon tracé GPS. Oui, j’ai décidé de commencer le trajet, à pied, en bas de chez moi puisque c’est largement plus fun. Après réflexion, c’est aussi long et inutile.

Premier objectif: rejoindre le point d’autostop au plus près de l’autoroute A4 !

Une des clés de réussite de l’auto-stop est de bien choisir son lieu de départ. Le site participatif Hitchwiki m’informe que 3 spots principaux sont conseillés pour rejoindre Strasbourg. L’un d’entre eux est à Paris Sud intramuros, à Bercy. J’y parviens par le Canal St Martin en prenant le temps (un peu trop ?) d’apprécier les premiers rayons de soleil.

Il est 10H, je suis près du Pont de Bercy, chaud comme une baraque à frites! Moment d’émotion, je procède à mon premier levé de pouce. Les conducteurs sont assez amusés de voir mon panneau “Strasbourg > Istanbul”. Certains s’arrêtent et échangent quelques mots avec moi mais personne ne m’invite à monter à bord…

Pensée stupide: Me suis-je levé pour jouer les troubadours de bord de route ou pour prendre la route d’Istanbul ?

Je remarque qu’il y a beaucoup de policiers qui patrouillent à pied, aux alentours du Ministère des Finances. Ils me regardent avec insistance. Ils ne m’adresseront pas la parole mais au bout de deux heures je préfère m’éloigner un peu. Je marche jusqu’au sud de Paris, près de la Porte de Charenton. A en croire les hiéroglyphes trouvés sur place, il doit s’agir d’un spot bien connu des auto-stoppeurs. J’ai même trouvé sur place une majestueuse pancarte bien plus classe que la mienne.

Pensée stupide: Au moins, si je ne parviens pas à prendre la route pour Istanbul aujourd’hui, j’aurai réussi l’exploit de prendre un coup de soleil à Paris, en plein mois de mars…

Là aussi mon levé de pouce ne porte pas ses fruits. Au bout d’une heure et demi, j’hésite à changer d’endroit. Et comme pour mettre fin à mon débat intérieur, une voiture de gendarmerie vient se garer à 10m de moi… Encore une fois! Ils semblent être là pour déployer un radar. Je comprends vite que ma présence n’est pas la bienvenue…

Je commence à me demander si je n’aurais pas mieux fait de me rendre directement à une station à la sortie de Paris, comme on me l’avais conseillé. Mais je n’arrive décidément pas à me résoudre à faire demi-tour. Je marche entre la Seine et le périphérique en tentant de trouver un bon spot. Dix kilomètres plus tard et une overdose de pots d’échappement, je me résous et décide de me rendre directement à une station essence à la sortie de Paris.

En début d’après-midi, j’arrive à hauteur de Bussy St Georges. La station essence n’a pas été si facile à atteindre. Il a fallu traverser une espèce de zone industrielle, passer un ruisseau en s’agrippant à un grillage et traverser un champ boueux interminable.

Peu importe, je suis là et prêt à filer vers Strasbourg!

Exercice de patience

Je sors mon plus beau sourire et commence à accoster les voitures près de la station essence. Problèmes de taille: les trois quarts sont immatriculées 77 (banlieue parisienne) et les routiers sont peu nombreux sur le parking à cette heure de la journée. Les heures défilent … mais je reste sur place.

La chance me sourit enfin! Alors que je déambulais sur le parking, un roumain me demande quelle destination je souhaite rejoindre. “Istanbul, ou au moins m’en rapprocher !” Lui, file en direction de Bucarest. Ce n’est pas exactement ma route mais pourquoi pas! Seulement, il présage un problème de moteur et confirme par la suite: “Motor capout, no Bucarest” Ascenseur émotionnel… Je propose mon aide en faisant mine de remonter mes manches. Il sourit.

Un autre chauffeur me propose Nancy, mais avec un départ demain matin. Un autre me propose Reims, mais le départ est fixé à 4h du matin. Et il est seulement 19h… Il faudra trouver mieux.

Le Stop n’est pas si facile, on m’aurait menti ?! Je me résous à attendre sur les fauteuils de la station. Je commence à m’y sentir plutôt bien. Je familiarise avec l’autochtone, on m’offre du café, les employés bavardent avec moi… Je commence à me sentir chez moi quand soudain, mon intuition me guide vers un homme en train de finir son repas.

“Vous allez vers Strasbourg ?

Oui, je vais à Strasbourg !

Vous pouvez m’emmener ?

Bien sur mon ami !”

Il est 22h et on m’embarque enfin à bord d’un camion de chantiers! Il s’appelle Jamar. Il est pakistanais et rentre chez lui après une dure journée de travail dans la bâtiment. Un premier trajet très agréable, on échange beaucoup sur mon aventure et d’autres sujets. Il veille à ce que je ne manque de rien et me répète plusieurs fois: “tu es mon invité”.

J’ai beau lui répéter que j’ai suffisamment d’argent pour me payer à manger, Jamar tient absolument à me donner un sac remplit de nourriture et un une bouteille d’eau !

Pensée stupide: Et s’il m’engraissait pour me bouffer à la Magnota ?

Vers 3h du matin, il me dépose dans une station essence près de Strasbourg. A cette heure-ci, j’ai peu de chances de trouver un chauffeur mais je suis prêt pour les départs matinaux! Je décide de m’assoupir un peu en scrutant le moindre conducteur qui s’approche de la machine à café. En guise de lit d’appoint je choisis un tabouret haut, autour d’une table collante. Bien au chaud, je serai plutôt bien si une voiture manège pour enfant cessait de m’appeler: “Héhéhé, viens”. Mais là n’est pas le pire. L’immonde BMFTV est diffusé par un énorme écran plat juste devant moi. Fidèle à elle-même, elle répète à tue-tête les mêmes informations sans aucune pitié pour mes nerfs et mon sommeil.

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Heureux avec mon bretzel et mon saucisson halal (reste du sac de nourriture offert par le premier chauffeur), j’attends avec impatience de voir ce que la hasard me réserve.

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Plus tard, à 5h30 du matin, je sors affronter le froid. Denis, un chauffeur très sympa, m’accueille à ses côtés. Il transporte un produit dangereux: de l’éthanol.

Pensée stupide: Mince alors, je m’étais promis de ne pas m’approcher de l’alcool frelaté…

Il m’emmène jusqu’à Stuttgart. D’ici, je trouve assez rapidement un allemand qui accepte de m’amener un peu plus loin.

Changement de stratégie

Jusqu’ici, je refusais les conducteurs faisant peu de kilomètres en préférant parcourir de longues distances d’un seul coup. Un allemand d’origine turc m’embarque avec lui. Il parle très peu anglais, je ne comprends donc pas totalement où il compte me déposer. “Un peu plus loin” voulait en fait dire: “à Ulm, dans une minuscule station service coincée entre la ville et l’autoroute”.

Pensée stupide: Ulm est connu pour sa cathédrale avec la flèche la plus haute du monde : elle culmine à 161,53 mètres. Mais je m’en fous.

Même si les employés de la station m’offrent du café et une place VIP, je brûle d’impatience. Les trois quarts des automobilistes restent dans les environs. Le décollage sera difficile.

Heureusement, un dénommé Klaus accepte de me poser plus loin sur l’autoroute, là où je trouverai plus facilement des transporteurs internationaux.

Me voici sur le parking d’une station service de bord d’autoroute. Objectif: Munich !

Suite à l’ Acte 3. 😉

Vous pouvez visualiser le trajet GPS de ces 700 premiers kilomètres sur Livetrekker:

> #ParistanbulTrip – Partie 1

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