Les mystères d’Angkor, vus du guidon

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Les temples d’Angkor fascinent bien avant de s’y rendre. Nous avons longtemps rêvé de parcourir les ruines du royaume khmer. Dès notre arrivée au Cambodge, ce fut notre première escale. Avons-nous été déçus ? Réponse en fin d’article !

Nous louons un vélo pour seulement un dollar et nous lançons sur la longue ligne droite qui conduit aux temples. Décrire la magie et les mystères d’Angkor en un article serait impossible. Nous nous contentons alors de photos et de morceaux choisis, parmi nos coups de cœurs et nos lectures, pour vous décrire ce que l’on a entrevu des vestiges de l’empire déchu.

Angkor Wat et les autres

Arrivés sur le site, on ne sait pas par où commencer. Et pour cause, le site serait aussi grand que la ville de Paris et compte des centaines d’édifices. On a tous en tête le plus fameux d’entre eux, le temple d’Angkor Wat. C’est le plus grand monument religieux au monde. Il est dédié au dieu hindou Vishnou. Commencé en 1110 après Jésus-Christ, et achevé 40 ans plus tard, il est aujourd’hui la Fierté des cambodgiens. On le retrouve d’ailleurs sur le drapeau national. Sachez qu’il ne représente qu’une infime partie du gigantesque ensemble khmer.

L’émerveillement

La beauté et la variété des monuments dépassent notre imagination. L’impressionnante “terrasse des éléphants” qui dominait l’entrée du palais royal était le théâtre d’événements aussi grandioses qu’étranges : combats entre animaux, combats de boxe khmère (ancêtre du muay thaï), spectacles et défilés militaires…

La sobriété de la pierre, que l’on observe aujourd’hui, est trompeuse. Les temples d’Angkor étaient en fait noyés dans un ensemble fastueux recouvert de tapis, tissus colorés et plantes exubérantes. Le « petit peuple » habitait aux abords des édifices dans des constructions plus modestes.

Des racines et des pierres

Parmi nos coups de cœurs, il y a le temple Ta Prohm. La particularité de celui-ci est qu’il est littéralement dévoré par la jungle. Nous le découvrons à l’heure du repas, libérés des hordes de touristes en groupes qui déferlent des bus.

De gigantesques troncs d’arbres et de très larges racines traversent les murs de pierres du temple. La nature reprend ses droits. Le temple semble lutter de toutes ses forces pour continuer à exister. La forêt tropicale le tient entre ses griffes.

 Grandeur et décadence

Le déclin d’Angkor reste encore une énigme pour les historiens. L’empire khmer aurait régné du IXe au XVe siècle, en dominant une grande partie de l’Asie du Sud-Est continentale, délimitée par la Birmanie, à l’ouest, et le Viêt Nam, à l’est. Au moment où la capitale, Angkor, comptait près de  750 000 habitants, Londres en comptait alors seulement  50 000 !

Les historiens semblent s’accorder sur un point. Ce serait une catastrophe intérieure, et non une invasion, qui causa la perte de la cité khmère. Plusieurs hypothèses sont avancées : l’envasement des canaux d’irrigations causant une pénurie d’eau, conflits religieux entre bouddhistes et hindouistes, conflits politiques…

Des visages et des pierres

Le Bayon est unique en son genre. Plus de 200 visages de l’empereur Jayavarman VII (sous un aspect divin ressemblant étrangement à Bouddha) surveillent le pays tout entier. Les visages constituent des tours, enchevêtrées en apparence anarchiquement. Partout un visage nous observe. On tente, en vain, de décrypter son sourire étrange.

« A la vue de ce temple, l’esprit se sent écrasé, l’imagination surpassée ; on regarde, on admire et, saisi de respect, on reste silencieux ; car où trouver des paroles pour louer une oeuvre architecturale qui n’a peut-être jamais eu son équivalent sur le globe ? L’or, les couleurs ont presque totalement disparu de l’édifice, il est vrai ; il n’y reste que des pierres ; mais que ces pierres parlent éloquemment ! Comme elles proclament haut le génie, la force et la puissance des Khmerdôms, ou Cambodgiens d’autrefois ! »

Par Henri Mouhot, (re)découvreur d’Angkor en 1861.

Conseils pratiques

Des conseils pour la visite ? Selon nous, pour profiter pleinement d’Angkor il suffit de :

– visiter les temples les plus touristiques (Angkor Wat, Bayon, Ta Prohm…) aux heures des repas ou en fin d’après-midi

– préférer le vélo pour l’indépendance et la fascination de parcourir l’étendue du site

– prendre le temps d’observer, tenter de percer les mystères, s’asseoir et rêver…

Et puis c’est TOUT.

 Ce que l’on nous cache sur Angkor, aujourd’hui

Une autre réalité n’échappe pas aux voyageurs attentifs. Nous avons été assez choqués de voir à quel point le site est mal entretenu et mal surveillé. Certains touristes grimpent sur les pierres, touchent les statues, gravent leurs initiales… C’est du jamais vu ! Et cela s’effectue sous le regard des « surveillants » qui eux aussi participent au massacre en s’asseyant sur les pierres anciennes. On se demande combien de temps encore les temples vont rester debout. Il est possible que dans une vingtaine d’années les touristes ne visiteront plus que des répliques ou des éléments restaurés.

Bien pire encore, partout sur le site, des dizaines d’enfants en bas-âge vendent des souvenirs aux touristes. Ne soyez pas dupes. Il s’agit de travail d’enfant, donc d’exploitation. Vous n’aidez pas du tout ces enfants démunis en leur achetant un souvenir. C’est au contraire un acte “court-termiste” qui ne fait que les enliser dans leur situation.

Comme vous le savez, le site d’Angkor est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Que fait donc l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture ? Où sont-ils à l’heure où Angkor est le théâtre d’exploitation d’une armée d’enfants vendeurs ?

Depuis sept mois en Asie, nous constatons que le site d’Angkor est loin d’être une exception sur ce point. Cependant, étant « surexposé » médiatiquement, nous pensions qu’il serait un modèle… Le site est finalement à l’image de l’Asie du Sud-Est, partout la beauté côtoie l’immonde.

Lorsque l’on a dit qu’Angkor est géré par une compagnie pétrolière et que seulement 10% du prix exorbitant d’entrée (40$ pour 3 jours) revient à l’entretient du site, on a tout dit.

Se perdre dans le labyrinthe d’Angkor

Nous effectuons plus de 40 kilomètres par jour pendant trois jours. Rien de plus plaisant que de déambuler dans les allées ombragées. Beaucoup d’autres temples s’offrent à nous. Ils sont beaucoup moins impressionnants que les principaux mais sont aussi énigmatiques.

Le troisième jour, nous nous levons à quatre heures du matin pour admirer le lever du soleil sur le temple d’Angkor Wat. Pas évident de pédaler sept kilomètres dans l’obscurité au guidon de nos vieilles bicyclettes mais quel spectacle ! 

Siem Reap est une ville étape pour visiter les temples. Inutile de s’y attarder trop longtemps. Nous dégustons quelques amoks, poissons grillés au curry et fines herbes servis dans une noix de coco puis filons vers Phnom Penh, la capitale du Cambodge.

Angkor est un site fascinant. Que l’on soit féru d’histoire ou pas, la visite laisse une trace indélébile. Se promener au milieu de ces édifices énigmatiques dévorés par la jungle donne l’impression d’être le premier à avoir redécouvert la cité khmère. Pressez-vous, avant que le site ne soit dénaturé, ravagé par la cupidité humaine ou, tout simplement, englouti par la jungle.

  1. Votre article m’a rappelé de beaux souvenirs. Beau texte, belles photos. Vous avez bien résumé le site et son ambiance particulière. C’est vrai qu’explorer le site à vélo, c’est génial ! Un lieu exceptionnel !

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