Le sauveteur de touristes – Eric Lange [chronique]

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Eric Lange n’est plus animateur radio, il est sauveteur de touristes. Enfin, plus exactement, il est écrivain et vient de sortir “Le sauveteur de touristes” (Taurnada, 2015). Vous qui aimez le voyage et la découverte, ce premier roman a tout pour vous plaire !

Après avoir parcouru le monde et recueilli des témoignages de milliers de voyageurs, on se doute qu’ Eric Lange a de la matière pour nous transporter à l’autre bout du monde. Effectivement, en 170 pages, j’ai voyagé en Thaïlande, aux Etats-Unis, au Maroc, en Espagne et en Australie.

le sauveteur de touristes ERIC LANGE

Ces quelques lignes m’ont tout de suite mis l’eau à la bouche :

“Je suis le sauveteur de touristes. C’est mon métier, une sorte de détective privé ne travaillant que sur des affaires de touristes en perdition. Les cas les plus courants sont les emprisonnements pour trafic et consommation de drogues illégales, mais les plus intéressants sont les disparitions, volontaires ou non. Cette histoire est celle de ma première enquête. Elle m’entraîne à New York, Bangkok, Goa, Tanger et Alice Springs, à la recherche d’Émilie. Émilie, la fille qui peut détruire notre monde. Si elle le veut.”

Un nouveau métier : sauveteur de touristes

 

Tom Harlem est reporter de guerre. Sur l’un des fronts où il se démène pour ramener des images et vidéos choc, il voit la mort de très près. De retour à Paris, il pète littéralement les plombs et sa vie bascule. Plus rien ne sera jamais comme avant. Contacté par une millionnaire, il accepte de partir sur les traces de sa nièce mystérieusement disparue. Pour mener à bien sa mission, Tom va utiliser ses contacts, partout dans le monde, et faire des rencontres assez surprenantes. Les premiers indices le dirige vers l’Asie sur les traces de la jeune touriste. Et commence alors une épopée pleine de péripéties oscillant entre carnet d’aventure, thriller et science-fiction.

“C’est ça. Un métier du siècle. Sauveteur de touristes !”

Un tour du monde en accéléré

 

En l’espace de quelques jours et à un rythme trépidant, Tom Harlem nous emmène aux quatre coins du monde. L’écriture est ciselée et ne laisse aucun temps mort. A chaque nouveau lieu, Eric Lange réussit à nous transporter. Nouvel environnement, nouvelle ambiance, nouveaux personnages… Pourtant, aucune description ne fait dans la longueur. A la première personne, il décrit chaque arrivée dans un “nouveau monde” en s’appuyant sur quelques éléments de décors, sons et ressentis.

J’ai presque souffert de la moiteur de Bangkok et je me suis revu dans ce genre de scène :

“Un garçon d’une dizaine d’années, seulement vêtu d’un short rouge vif, nous apporte nos “noodle soup” dans de larges bols en plastique. D’après le Belge, les meilleures de la ville sont ici, sur ces petits tabourets posés en cercle autour d’une sorcière tannée qui remue sa mixture dans une immense marmite.”

J’ai replongé dans l’histoire de Goa envahie par les hippies, en Inde :

“Trop de monde. Trop de drogues. Car les nouveaux arrivants ont apporté l’héroïne, l’opium, les acides et elle est vite devenue une partouze de junkie leur société idéale”.

J’ai roulé vers Alice Spings, en Australie :

“Elle est belle leur route. Comme les américaines, d’une majestueuse beauté, un fantasme, une iconographie “on the road” que ce long ruban noir déroulé sur la terre rouge qui semble monter dans le ciel au loin tellement c’est droit. En allant vers le sud, nous quittons les tropiques et plongeons dans la fournaise.”

Le sauveteur de touristes est décrit comme un « thriller » . Je ne suis pas lecteur de ce genre littéraire. Je ne peux donc pas vraiment le juger sur cet aspect. L’intrigue m’a d’abord paru assez invraisemblable. Mais après réflexion, l’est-elle vraiment ? Si oui, est-ce vraiment gênant ? En tout cas, elle est un prétexte pour nous faire voyager d’un monde à l’autre et par l’intermédiaire de personnages haut en couleur. Comment ne pas être fasciné par Phô et Mhô, un hacker thaïlandais bicéphale ou Rajiv le policier indien énigmatique ?

Le 21e siècle comme personnage principal ?

 

Les descriptions sont personnelles et s’attachent à refléter la réalité, aussi crue soit-elle. Tom évoque d’ailleurs son “pessimisme naturel”. Il nous confie les paradoxes de notre époque, coincée quelque part entre archaïsme et modernité. Les injustices du 21e siècle sont pointées du doigt sans pour autant tomber dans la lourdeur. On vogue d’une question sociétale à l’autre, sans préavis. Tom ne fait que relever ce qui s’invite à son regard, comme quand il évoque le sort des migrants.

“Un taxi m’emmène ensuite à la gare maritime où je monte dans l’un des dix-huit ferries quotidiens qui font la navette entre Ceuta et Algésiras, sur le continent européen. Le paradis.

A peine une demi-heure de trajet en sirotant un café sur le pont. Quarante euros le ticket.

Les autres, là-bas derrière les grillages,ils payent de leur vie et ils ne passent même pas. Ou alors quelques-uns qui arrivent chez nous on ne sait trop par quel miracle, et deviennent travailleurs de force dans nos cités avant d’être expulsés et il faut tout recommencer.

Déprimant.”

La question du tourisme de masse est aussi largement abordée. Comme au micro de l’émission “Allo la planète” (anciennement sur Le mouv), Eric évoque notre condition de touristes.

“Au même moment, on inventait en Occident une nouvelle activité qui allait révolutionner l’économie mondiale, le tourisme de masse. 

La matière première du tourisme, c’est par définition le touriste. Et nous en sommes tous. Ou alors, nous le deviendrons un jour. Au moins une fois dans notre vie.”

J’ai particulièrement apprécié les premières pages où Tom parle de son expérience de reporter et dénonce sans concession le cynisme des médias de masse, qualifiés de “plaie de l’époque”. Les dérives du capitalisme ne sont pas en reste. L’intrigue tourne autour d’ “Open Life”, l’entreprise intrusive, toute puissante et vénérée par le “génération Y”.  Quand il décrit les frasques de son créateur, John Wind, sorte de néo-gourou 2.0, on imagine très bien qui est pointé du doigt…

On s’attache très vite à Tom Harlem. Il nous livre ses doutes, ses impressions et toutes ses émotions. Au fil des pages, nous comprenons qu’il y a une vraie volonté de donner à voir le monde, dans sa diversité, sa complexité mais aussi, et surtout, dans son absurdité. Pour résumer, il est un livre agréable à lire. Il n’y a pas une page où l’on s’ennuie. En 170 pages, vous partez pour un tour du monde fascinant. Préparez-vous, le voyage n’est pas de tout repos ! Et Tom Harlem n’en est sûrement pas à sa dernière aventure… Affaire à suivre !

le sauveteur de touristes ERIC LANGE

 

Le sauveteur de touristes, Eric Lange – Taurnada, 2015.

Parution : février 2015 (numérique) et mars 2015 (papier)

Crédits photos en une de l’article : Gabrielle-Oleivra-Guyon

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  1. je regretterai à jamais ALP en direct sur les ondes du mouv’! j’ai appris tellement de choses dans cette émission…
    et même si ça continue sur internet, c’est plus pareil!
    merci éric!

    1. Eric Lange porte bien son nom. Je l’ai rencontré dans une boulangerie à Paris il y a deux ans et je lui ai dit tout le bien que je pensais de son émission Allô La Planète. Il a toujours le mot juste, l’expression drôle. Bref ALP c’était une formidable ouverture sur le monde . La plus belle émission de toute la planète avec le type le plus chouette de la planète. Merci de ton émission Eric et désolée de t’avoir interrompu dans ton achat de pain au chocolat. Merci Eric pour tes émissions, pour le respect avec lequel tu parles aux gens, pour ta discrétion, pour tes questions, et pour tes blagues: je te disais que j’étais une vraie fan :-). A bientôt Catherine // Je peux mourir en paix j’ai croisé mon idole 🙂

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