L’aventure, pour quoi faire ? [chronique]

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Le 26 avril dernier, j’assistais au lancement  de la collection “Points Aventure” dans l’amphithéâtre de la Société de Géographie, sur le boulevard St Germain à Paris. A cette occasion, les éditions Seuil ont présenté le premier opus de cette série prometteuse. Onze auteurs se sont réunis autour d’un « manifeste collectif » pour tenter de définir ce qu’est l’aventure aujourd’hui. En chef de file, l’écrivain et aventurier Patrice Franceschi, accompagné par des écrivains voyageurs de renom. En boulimique de lectures de voyage, j’ai bien sûr acheté le manifeste au terme de la conférence. Si je vous en parle ici c’est qu’il est à lui seul le remède contre la morosité ambiante !

Qu’est ce que l’aventure aujourd’hui et à quoi ça sert ? 

Peut-on encore vivre l’aventure au XXIe siècle alors que le monde entier a été exploré et que l’avancée des technologies interdit de se perdre ? L’aventure peut-elle avoir un sens quand le principe de précaution et la recherche de la sécurité dominent ?

Ces questions, soulevées par des voyageurs et aventuriers très expérimentés sont au coeur de nos préoccupations de voyageurs. Tout, dans nos sociétés,  pourrait laisser croire que l’Aventure ne s’écrit qu’au passé. L’industrie touristique nous vend un exotisme qui ne saurait combler notre appétit de découverte. La planète est entièrement cartographiée, balisée, connue… Quel espace reste-il pour la “soif d’aventure” ? C’est une question qui m’a souvent laissé songeur. J’ai trouvé dans cet ouvrage nombre de réponses encourageantes !

S’ils s’accordent sur l’importance de l’aventure, les auteurs de ce manifeste la désignent chacun d’une manière propre. Ainsi, Jean-Claude Guillebaud évoque “l’impatience du lendemain” et l’importance des rencontres. Sylvain Tesson érige l’aventure en principe de vie puis nous confie qu’elle est son échappatoire. Martin Hirsch qualifie l’engagement d’aventure à part entière. Tristan Savin, créateur de la revue Long Cours, partage anecdotes et expériences pour illustrer la curiosité qui le mène à voyager.

Le texte de Gérard Chaliand m’a particulièrement captivé. Tout est dans le titre : “Il faut jouer avec le feu”. Dans nos sociétés ultra-sécuritaires le risque est perçu comme une bêtise, voir un outrage à la bonne marche de la société. A l’annonce d’un voyage en auto-stop, d’un périple sportif ou d’un tour du monde, notre famille, nos collègues et amis, n’hésitent pas à nous qualifier de fous. Pour nous, la folie serait l’inaction et la routine. Pour notre génération, qui vit dans l’incertitude du lendemain, la capacité d’adaptation et le goût du risque sont d’autant plus utiles pour s’épanouir. L’auteur illustre bien ce que l’aventure peut apporter à notre époque :

“Chercher du nouveau rend attentif et ouvert au monde, et contribue à rendre l’existence excitante. On remet en question, on s’adapte, on tente et le succès est déjà dans le défi relevé. La vie est par nature changeante et le fait d’assumer les risques permet de s’adapter avec aisance aux changements, qu’ils soient sociaux ou spatiaux.”

A mon sens, ce manifeste est profondément optimiste puisqu’il affirme que l’aventure peut assurément s’écrire au présent, pour chacun de nous. Patrice Franceschi ponctue le manifeste en renforçant cette idée. Finalement, on comprend que ce qui importe  est « l’esprit d’aventure », qui lui, peut s’exprimer au quotidien et au delà même du voyage. A notre époque, où nombre de défis sont à relever, l’aventure serait tout simplement d'”oser” quand tout invite à la résignation. Dans cet ouvrage, je perçois une incitation à la prise de risque et à la poursuite de ses rêves.

Aujourd’hui, le défi de l’aventurier serait à mon sens d’incarner des valeurs humaines. Personnellement, je n’ai jamais considéré un voyage comme une parenthèse. Cette désignation supposerait un repos de l’esprit et une certaine frivolité. Hors, plus que chez nous, en voyage nos sens sont constamment en éveil. Gardons les bien ouverts même tout près de chez nous. L’inconnu et la “confrontation positive” avec d’autres cultures requièrent une ouverture d’esprit assez grande pour accepter l’inhabituel, voir le “dérangeant”. L’aventure, au XXIe siècle, est pour moi de relever le défi du “vivre ensemble”. Partout.

Au cours de la conférence de presse, Patrice Franceschi a précisé que la collection “Points Aventure” publiera trois sortes d’ouvrages : des récits d’aventure, des portraits d’écrivains-aventuriers et des manifestes autour du Voyage et de l’Aventure. Une première salve de titres réédités sont déjà disponibles : “Boréal” de Paul-Emile Victor, “Dernières nouvelles du Sud” de Luis Sepùlveda et Daniel Mordzinski et “Avant la dernière ligne droite” de Patrice Franceschi. Cette collection donnera la parole aux écrivains voyageurs d’hier et d’aujourd’hui en mettant à l’honneur « l’esprit de liberté ».

Affaire à suivre ! En attendant, je conseille à tous la lecture de ce manifeste qui donne une bonne dose d’énergie.

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L’aventure, pour quoi faire ? Points, 2013

Avec les textes de Gérard Chaliand, Jean-Claude Guillebaud, Jean-Christophe Rufin, Bruno Corty, Sylvain Tesson, Tristan Savin, Olivier Frébourg, Martin Hirsh, Olivier Archambeau, Laurent Joffrin et Patrice Franceschi.

  1. Cette phrase me touche particulièrement : “A notre époque, où nombre de défis sont à relever, l’aventure serait tout simplement d’”oser” quand tout invite à la résignation.”. Je perçois la même chose. J’ai lu “dernières nouvelles du sud” qu’on a eu la bonne idée de m’offrir à Noel : j’ai beaucoup aimé 🙂

  2. Je vais très rapidement mettre la main sur ce manifeste que tu viens de me faire découvrir! Il sera très pertinent à la culture d’aventure et de voyage que je tente de développer chez moi et autour de moi.

    Je suis aussi très content de lire que ce n’est pas seulement qu’un livre, mais bien une collection tout entière qui vient de voir le jour! Beaucoup de lecture à prévoir!

    Plus le temps passe et plus je suis d’accord avec l’idée que “l’esprit d’aventure” n’est pas seulement le fait de partir vivre de grande émotion.

    Certaines personnes partent en voyage vivre toutes sortes d’activités et faire toutes sortes de rencontrent. Ce sont très certainement des personnes aventurières, mais lorsqu’elles reviennent, elles n’attendent que le prochain instant où ils repartiront… Comme si leur vie était une parenthèse (pour utiliser tes mots) à leurs voyages. D’ici là, ils vivent une vie quelques peut morose et ne tentent rien pour changer cela.

    Je me demande quel pourrait bien être la cause de se paradoxe qui empêche un individu de passer à l’action dans leu environnement familier, mais qui, une fois sortie, a plus de tripes que n’importe quel héros de film.
    La routine? Une certaine forme de peur?

  3. Ce manifeste a l’air très intéressant ! Mais n’y a t-il donc aucune aventurière invitée à participer ? C’est dommage… mais j’essaierai quand même de me le procurer 🙂 Merci pour cette découverte

  4. @Alexandre
    Je pense que la routine et l’atmosphère ultra-sécuritaire empêchent de mettre une dose d’aventure dans son quotidien. Ailleurs, un sentiment de liberté prend le pas et on se permet de braver l’inconnu !
    Et disons qu’aujourd’hui, pour notre génération, l’aventure a changé de forme. L’un des auteurs remarque que pour beaucoup de jeunes, l’aventure c’est de « prendre des psychotropes ». Hier, c’était l’inconnu, le défi sportif, les grands espaces… On est peut-être des nostalgiques 😉

    @Elodie
    Bonne remarque ! La question a d’ailleurs été posée au cours de la conférence de presse. Les éditeurs ont laissé entendre qu’il y aurait une version « féminine » avec des aventurières et voyageuses. A mon avis, le mieux aurait été de faire un seul ouvrage regroupant le tout…

  5. Cet article me touche beaucoup.
    Je suis complètement d’accord, l’aventure se vit au présent grâce à notre “esprit d’aventure”. Il faut oser !
    Ce n’est pas parce que la société nous conditionne dans un sens qu’il faut suivre ses dogmes.
    J’ai la fâcheuse manie d’aller à contre-sens régulièrement et cela peut parfois me porter préjudice mais je ne le regrette jamais.

    Sans cet esprit d’aventure je n’aurais sûrement pas pris un coup de machette au Pérou pour avoir osé marcher 600 mètres, de nuit, au lieu de monter dans l’arnaqueur de mototaxi du coin.
    Mais qu’importe, je suis vivant et je préfère mourir dans l’action que de m’éteindre à petit feu dans un hôtel de luxe ou devant une télé en me disant que l’aventure n’existe plus ou en la vivant par procuration.

  6. En découvrant la liste des auteurs de cet ouvrage, j’ai eu un pincement au coeur : et pourquoi que des noms d’hommes ? J’ai été ensuite rassurée de voir dans les commentaires que je ne suis pas la seule a en être étonnée. Cependant la réponse apportée en conférence de presse me paraît très discutable : l’aventure aurait-elle un genre ? (avec une coupe plus cintrée et des tonalités pastels…)

    Par ailleurs le commentaire d’Alexandre et ton idée de “dose d’aventure dans notre quotidien” me parlent beaucoup. Il y a bien longtemps déjà que j’avais pris conscience qu’il fallait apprendre à vivre “à la ville” comme en voyage : l’ordinaire peut si facilement devenir extra-ordinaire !

  7. article extrêmement intéressante et super positif!
    moi qui désespérerait d’avoir une vie bien conforme a la société et a la sécurité!

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