Jaguar, bidoche et maté : ce que je retiens de l’Uruguay

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Quand tu es à Rio de Janeiro et que tu as rendez-vous à Buenos Aires, tu as deux choix. Soit tu fais un saut de puce en avion, c’est court et sans saveur, soit tu files en autostop sur les 2 600 kilomètres qui séparent les deux villes, c’est long et fun.  Si tu choisis la deuxième option, tu t’aperçois d’un truc : le plus simple est de traverser l’Uruguay, petit pays énigmatique qualifié de “Suisse de l’Amérique”. 

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Le but de cet article n’est pas de vous raconter la partie brésilienne du trip. Sinon, on se serait attardé sur la panne d’un routier en périphérie de Rio, le trajet avec un fou furieux armé, notre nuit dans un camion frigorifique sur un parking, dans le garage d’une station essence ou encore dans un camion. Non. Ce que je veux vous raconter c’est avant tout ce que j’ai aperçu de l’Uruguay en seulement une semaine.

Photo de couverture : Jimmy Baikovicius “Que sol”. Certaines photos présentes dans l’article sont sous licence Creative Commons, utilisation libre mais attribution. J’ai pris très peu de photos en Uruguay. J’ai donc eu recours à Flickr pour illustrer cet article.

Le maté, toujours le maté

Le premier contact avec l’Uruguay se fait près de la frontière brésilienne. Les zones frontalières ont le mérite de nous faire entrer dans un nouveau monde tout en douceur. Peu à peu, l’espagnol vient se mêler au portugais. Un mot par ici, une expression par là. On dit qu’autour de la frontière, les locaux parlent le portunhol (ou portuñol), savant mélange de portugais et de castillan. Lorsqu’Emilio nous prend en stop, il a bien sûr son maté à la main. Dans les stations services, tous l’ont avec eux. Impensable pour un uruguayen de sortir sans son maté. Certains sont magnifiques, en cuir ou en citrouille. La “yerba maté”, spécifique de cette région d’Amérique du Sud, a des vertus bien connues depuis quelques millénaires. En plus de diminuer la fatigue et de stimuler les capacités intellectuelles, elle fait chuter le taux de « mauvais » cholestérol.

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La yerba maté est indispensable pour parcourir les longues routes rectilignes.

Ce plat pays

Rien de bien hallucinant en matière de géographie. L’Uruguay arrive comme un prolongement de la pampa argentine. Tout n’est que vastes plaines à perte de vue. L’autostop est une partie de plaisir. Les automobilistes sont souvent lassés de parcourir ces routes trop calmes et rectilignes.

Enfin, quand je dis simple, tout est relatif. Si vous avez le malheur de vous trouver en fin de journée sur les routes, prenez votre mal en patience. Les campagnes au centre du pays sont littéralement désertes, mise à part de petites auberges ici et là. Justement, nous traversons les trois quarts du pays très facilement mais lorsqu’il nous dépose dans un restaurant à Mariscala, l’attente sera très longue. Il n’y a absolument aucun véhicule ! Coincés toute la nuit, nous nous relayons pour solliciter les rares conducteurs. Treize longues heures défilent. Nous sortons sous la pluie battante tenter notre chance au bord de la route. Sans succès. Soudain, notre sauveur surgit de la brume. Au volant d’une Jaguar, Matthew est un chasseur et riche propriétaire terrien en plein milieu du pays. A 150km/h sur la ligne droite qui mène à la capitale, il nous raconte son amour pour les perdrix pendant que nous luttons contre le sommeil. A nous Montevideo !

Paysage d'Uruguay - Par Vince Alongi - Creative Commons

Paysage d’Uruguay – Par Vince Alongi – Creative Commons

Les uruguayens vous diront tous la même chose : ils ont peut-être un pays plat mais ils ont aussi “l’une des plus belles plage au monde”. Ils sont tous déçus lorsqu’ils apprennent que l’on n’ira pas à Punta del Este, la station balnéaire phare de la côte uruguayenne. Célèbre, avant tout, pour cette main qui sort du sable…

Artist Mario Irarrázabal

Artist Mario Irarrázabal

Au rythme lent du pouce levé et des discussions dans les bars, nous en apprenons un peu plus sur les uruguayens. Beaucoup d’entre eux ont des origines européennes, souvent italiennes ou espagnoles. Ils parlent du vieux continent avec une certaine nostalgie bien qu’ils ne l’aient pas connu.

Montevideo est bien “l’une des capitales les plus tranquille au monde”. Vous comprendrez pourquoi. Mais avant, revenons sur cette spécificité qui fait de l’Uruguay une terre à part.

Qu’est-ce que l’Uruguay a de spécial ?

Montevideo Skyline - Jimmy Baikovicius

Montevideo Skyline – Jimmy Baikovicius

Florilège de curiosités à déguster avec un maté :

  • Sans religion officielle, les fêtes catholiques traditionnelles sont conservées mais renommées. Par exemple : Noël est le “Jour de la famille”, les vacances de Pâques : “la semaine touristique”.
  • L’hymne national est le plus long du monde, avec ses 6 minutes.
  • Jusqu’en mars 2015, le pays était dirigé par un ancien guerillero, le Président José Alberto Mujica Cordano, surnommé « Pepe Mujica ». Il accueillait les journalistes chez lui en pantoufle et prenait des autostoppeurs en voiture avec sa femme. On le qualifie même de président le plus pauvre au monde.
  • En 2012 pendant la grande vague de froid, il inscrit la résidence présidentielle dans la liste des refuges pour sans-abris.
  • En 2013, il a légalisé le mariage gay, l’avortement et le cannabis.
  • Il y aurait en Uruguay 4 fois plus de vaches que d’habitants. Un point commun avec ma Bourgogne tiens…
  • Le taux de criminalité est, depuis longtemps, le plus bas en Amérique du Sud.
  • Montevideo a accueilli la première coupe du monde en 1930.
  • Le pays a vu naître Eduardo Galeano, journaliste et écrivain, auteur de l’indispensable essai “Les veines ouvertes de l’Amérique Latine”.
  • Le drapeau est l’un des plus cools au monde :640px-Flag_of_Uruguay.svg

Montevideo

Près de la moitié des 3 millions et demi d’habitants habitent à Montevideo.

Dans le vieux Montevideo - Par Vince Alongi - Creative Commons

Dans le vieux Montevideo – Par Vince Alongi – Creative Commons

C’est ici que nous établissons le premier contact avec l’excellente viande bovine (je n’étais même pas encore flexitarien) et le fabuleux, l’immense, l’inoubliable, Dulce de leche, cette confiture de lait injustement méconnu en Europe. On raconte partout que la viande bovine est la meilleure au monde. Elle se déguste accoudé à un comptoir, devant un asado ou une parilla, ces larges plaques de cuissons au grill.

L'arrivée à Montevideo

L’arrivée à Montevideo, après quelques routes et déroutes !

Au centre-ville, l’architecture Art-Déco vient contraster avec les tristes barres d’immeubles rougeâtres de la périphérie. Au bord de l’atlantique, se succède plages, ports et groupes de joggers. Le mot qui reflète le plus le mode de vie pourrait être “tranquilo”. Mise à part aux heures de pointes où la capitale est paralysée par les bouchons, rien ne vient troubler le calme.

En 2013, l’Uruguay est devenu le premier pays à légaliser la marijuana, même si la culture et la consommation sont contrôlées. C’est peut-être pour cela que nous avons croisé un paquet de français venus ici pour quelques mois, voir plus. J’ai passé un peu de temps avec un marseillais, avant la légalisation, qui m’a assuré que “de toute façon tu peux déjà fumer devant un flic, ça ne pose aucun soucis”

Au fond, Montevideo m’est apparu comme un regroupement de sportifs (joggers, surfers…) et de bons vivants qui prennent le temps de vivre et voient assurément le verre à moitié plein. Pour couronner le temps, ils adorent les vacances, peut-être même encore plus que les français.

Garé par Vince Alongi - licence Creative Commons

Garé par Vince Alongi – licence Creative Commons


A savoir pour une escale à Montevideo

Comme la plupart des villes d’Amérique Latine, la vie nocturne commence tard à Montevideo. Soyez en forme ! Les locaux dinent à 22h, le clubbing commence à minuit et ils rentrent chez eux vers 4 ou 5h du matin. La ville n’a pas la même gamme de clubs que Buenos Aires, mais la scène locale de bars et cafés est assez fournie et l’on rencontre des fêtards du monde entier.

Montevideo a aussi une vie culturelle riche pour sa taille. De nombreux théâtres et  salles de spectacles accueillent les curieux dans la vieille ville. Le pays peut aussi se vanter d’avoir le carnaval le plus long du monde, dans les deux sens du terme ! Comme on l’a dit, le cannabis y est légal, ce qui vous laissera peut-être l’occasion d’acheter des graines de cannabis. Montevideo a aussi l’énorme avantage d’être tout près de Buenos Aires ( 5h en ferry) et des villes du sud brésilien comme Porto Alegre. Pour rejoindre la capitale argentine, il suffit d’emprunter le Río de la Plata !


Quelques adresses à Montevideo :

Café Bar Tabare 

A l’origine simple repaire pour marins, Le Café Bar Tabare a ouvert ses portes il y a plus d’un siècle et est rapidement devenu un inconditionnel pour la société créative de la ville. Connu pour ses innovations culinaires autour de la cuisine régionale, son plat signature est un délicieux saumon grillé avec des courgettes farcies à la semoule. Ne passez pas non plus à côté de son cake, fait avec du chocolat blanc et noir.

Baar Fun Fun

Ne vous fiez pas à son nom un brin ringard, c’est un des meilleurs endroits pour écouter et danser le tango. Filez au bar et commandez un uvita, le vin local. Vous feriez mieux d’arriver tôt car le lieu est rapidement bondé.

Teatro Solis

Dominant la monumentale Plaza Independencia, le plus vieux théâtre de Montevideo héberge de l’opéra, de la danse et des concerts depuis 1856. Complètement refait par Philippe Starck dans les années 1990, ce lieu est le coeur culturel de la ville. Il peut être visité sans assister à un événement, mais nous vous recommandons tout de même d’aller y voir un concert pour capter toute la beauté du lieu.


On se quitte, si vous le voulez bien, avec une citation du discours d’investiture à la présidentielle de Pepe Mujica, que vous connaissez maintenant :

“Il n’y a aucune liste fixe de choses qui nous rendent heureux. Certains pensent que le monde idéal est plein de centres commerciaux. Je n’ai rien contre cette vision, mais je dis simplement que ce n’est pas la seule vision. Je dis que nous pouvons imaginer un pays où les gens réparent des choses au lieu de les jeter, où ils choisissent une petite voiture au lieu d’une grande et où ils mettent un pull-over au lieu de monter le chauffage au maximum”

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