Îles paradisiaques, bikinis et bombe atomique…

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Les îles font rêver. Une eau translucide à 28 degrés, des plages de sable blanc, des fruits en abondance et… des explosions nucléaires.

J’aime apprendre sur les Terres oubliées, piétinées, et qui survivent dans un morceau de mémoire où un récit journalistique relayé au banc de touche.  Les îles fascinent puisqu’elles ont toutes une histoire à raconter.

Bref. Un matin de novembre  je me lève d’un bon pied, sans rien espérer d’une journée pluvieuse, et voilà que j’apprends d’où vient le terme « Bikini »! Dire que j’ai vécu tout ce temps (26 années tout de même) sans savoir que le fameux deux pièces a volé son nom à une île prise pour terrain de jeu nucléaire ! Impardonnable. Au milieu des articles photo, chroniques et récits de voyage, j’ose une parenthèse pour vous raconter l’histoire d’un petit bout de Terre dont personne ne parle (ou presque).

Nous sommes en 1946, en pleine guerre froide. Le commandant Ben Wyatt, de la Marine des États-Unis, annonce au peuple des Bikinis un grand projet « dont bénéficierait l’humanité tout entière ».  Il propose que leur île soit le théâtre d’une expérience extraordinaire…

Le commandant s’avance au pupitre en fin de messe dominicale et leur tint à peu près ce discours :

« Les scientifiques américains veulent transformer une grande force destructrice en quelque chose de bénéfique pour l’humanité et en finir avec toutes les guerres. »

« Êtes-vous prêts à sacrifier vos îles pour le bien de l’humanité ? »

 L’illustre roi de Bikini répond alors :

« Tout est bien. Tout est dans les mains de Dieu.»

Le gouverneur des îles Marshall renchérit :

« Si tout est dans les mains de Dieu, c’est forcément bien. »

Les autorités locales y perçoivent donc un élan divin et acceptent de « prêter » leur île. Les habitants (161 familles) sont alors transférés sur l’atoll de Rongerik, de Kwajalein et enfin sur celui de Kili, au nord des îles Marshall. Six mois plus tard, les Etats-Unis déclenchent l’opération Crossroads en lâchant une première bombe atomique le 1 juillet 1946.

Un gros champignon s’élève dans le ciel. L’évènement est immortalisé par de nombreux photographes et vidéastes.

Satisfaits de leur « succès », les États-Unis poursuivent l’opération de 1948 à 1958, et « célèbrent » alors une vingtaine de bombes sur Bikini, ainsi qu’une quarantaine sur l’atoll d’Enewetak. Le 1er  mars 1954, lors de l’opération Castle, s’illustre la bombe « Bravo ». La tristement célèbre que l’on annonce comme « 1000 fois plus puissante qu’ Hiroshima »… Trois îles sont définitivement rayées de la carte et celles qui ont survécus en portent encore les stigmates.

Et pendant ce temps à Paris.

Quelques jours après la première explosion à Bikini, sur les bords de Seine à Paris, Louis Réard, un ingénieur automobile (!), dévoile sa nouvelle création. Il présente fièrement le plus petit maillot de bain féminin au Monde, qu’il a nommé « Bikini ». Il déclare avoir choisi ce doux nom en référence à l’atoll. Pour surfer sur le buzz, a-t-il dit. Une pin-up s’exhibe en deux pièces sous les flashs des photographes et les publicitaires titrent avec finesse :

« Le Bikini, première bombe anatomique ».

Partout en Europe on s’insurge, on crie au scandale, on interdit… le Bikini. Outre atlantique, on applaudit l’exploit nucléaire.

Il est aujourd’hui possible de faire du tourisme à Bikini, en témoigne son introduction, en 2010, au  Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Elle fut inscrite en tant que « symbole de l’entrée dans l’âge nucléaire » de l’Humanité. Les touristes sont acceptés moyennant la signature d’une décharge qui stipule que l’on renonce à toute poursuite judiciaire en cas de cancer et que l’on ne goûte aucun produit local. Rassurant.

Les autorités ont longtemps assuré que la vie sur l’île n’exposait à aucun risque. En 1998, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) s’est prononcée contre le repeuplement de l’île. L’eau et les produits qui y poussent seraient dangereux pour la santé. Aujourd’hui, les Bikiniens demeurent exilés sur l’île de Kili, à 1500 kilomètres de leur terre natale. L’ironie de l’Histoire leur a laissé un drapeau et une devise évocatrice:

« Chacun est dans les mains de Dieu ».

En 2012, le bikini est plus que jamais accepté par les mœurs de notre époque. L’arme nucléaire aussi.

Alors tenté par une virée dans l’océan pacifique pour visiter l’île Bikini, entre un Taj Mahal et un Machu Pichu ?

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