A la recherche de mon fils [chronique]

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Nous sommes en 1950. Vous venez d’apprendre que votre fils de 23 ans a mystérieusement disparu au cours d’une expédition dans l’immensité amazonienne, au Brésil ou en Guyane. Que faites-vous ?

Pour Edgar Maufrais, papa du jeune Raymond, la question ne se pose même pas. En accord avec sa femme, il se lance sur le projet fou de tenter de retrouver son fils par lui-même. Qu’est-ce qui pousse un comptable sans histoire, loin d’être aventurier, à rejoindre la forêt vierge, au milieu d’un pays dont il ne connaît ni la géographie, ni la langue ? L’amour et l’espoir, sans doute.

Cela n’a pas suffit. Edgar Maufrais a consacré le restant de sa vie à cette quête impossible. Il meurt à 75 ans, après 14 ans de luttes acharnées.

« Chronique implacable d’une longue descente “au cœur des ténèbres”, À la recherche de mon fils est une forme de tragédie grecque scellée dans les tréfonds de la jungle. Un récit d’une rare vérité. » Patrice Franceschi

Une histoire vraie

Publié en mars 2015, dans l’excellente collection Points Aventure dirigée par Patrice Franceshi, “A la recherche de mon fils” est un témoignage poignant et mouvementé. Il s’agit de la version la plus complète des notes de voyage d’Edgar Maufrais. N’étant ni écrivain, ni aventurier, cette version livre telle quelle son journal de bord. Il y raconte la souffrance physique et mentale qu’il endure pendant toutes ces années. Aventurier passionné en quête d’idéal, son fils voulait découvrir les mythiques monts Tumuc-Humac alors inconnus des explorateurs occidentaux.

Ce qui frappe dans ce livre, c’est l’extraordinaire pugnacité d’un père. Lorsque la malchance le frappe ou quand les éléments se déchaînent contre lui, il continue vers son idéal. A chaque nouveau départ, c’est le même rituel : trouver des vivres, médicaments, armes à feu, recruter des guides, trouver un canot pour rejoindre d’étroites rivières parsemées de rapides. La nuit, les jaguars rôdent, le jour, la faim tiraille. Se succèdent trahisons de ses compagnons, marécages, passage de cours d’eau à gué et espoirs déchus.

“La pluie tombe à torrents jour et nuit, par intermittences ; voyager ainsi est un véritable martyre. Hommes et bagages sont trempés ; nous nous couchons et nous levons le hamac humide. Et il va en être ainsi pendant six mois, puisque c’est la saison des pluies, qui dure de janvier à fin mai.”

A chaque arrivée, c’est un nouvel échec.

Les difficultés financières lui font parfois “penser au suicide”. Seul au milieu de la jungle, il rêve de “passer Noël en famille”. En vingt-deux expéditions, réparties sur 14 ans, aucune trace de son fils. A l’époque, les journaux entretiennent des légendes à son propos. Certains prétendent qu’il aurait été enlevé par une tribu inconnue (les Oyaricoulets, par exemple), puis nommé chef. D’autres, affirment qu’il attendrait son père, en sécurité, dans le seul but de se faire de la publicité.

Au fil de la lecture, nous comprenons que sa quête obstinée n’aura pas d’issue heureuse. On se résigne bien avant lui.

Passage dans le radar actisphérique

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Nouveauté sur le blog : je teste un visuel pour noter les livres en fonction de 5 critères. Ils sont notés de 0 à 10, le centre du radar représentant la note la plus basse. Le but : se faire une idée en un coup d'oeil. N'hésitez pas à donner votre avis sur le radar !

Les aventures d’Edgar Maufrais ne sont absolument pas romancées. Il partage son quotidien, parfois de manière brute et sans poésie. Les quelques approximations factuelles ou géographiques lui sont pardonnées. Comme précisé plus haut, il n’a pas la prétention d’être écrivain ou explorateur.

L’originalité est qu’il s’agit d’un témoignage paternel. Rarement l’amour que porte un père à son fils ne trouve d’écho dans la littérature de voyage. Edgar est un néophyte en terme d’expéditions, ce qui confère au récit du réalisme et de l’émotion.

Nous apprenons beaucoup sur cette partie du monde. Il partage sa découverte des cultures amérindiennes et donne pêle-mêle beaucoup de détails sur les modes de vie, même si nous sommes loin d’une démarche anthropologique. Il rentre en contact avec plusieurs tribus indiennes : Monducurus,  Maues, Aparaï, Emerillons, Oyampis… et d’autres plus étranges, comme celle qui capture les hommes blancs pour mettre enceintes leurs femmes et ainsi “régénérer leur race”.

Les Maufrais et l’aventure

Une quête effrénée d’idéal, l’amour d’un père, un territoire lointain et âpre… Il n’en fallait pas plus pour inspirer auteurs et réalisateurs. Plusieurs récits et documentaires audio-visuels racontent l’épopée des Maufrais.

Une adaptation cinématographique de cette histoire vraie sera projetée sur nos écrans à partir du 25 novembre 2015. Le film s’intitule “La vie pure”, réalisé par Jérémy Banster et avec Stany Coppet dans le rôle de Raymond. Je ne manquerai évidemment pas d’en faire échos sur ce blog. La bande-annonce m’a donné l’eau à la bouche ! (Cliquez ici pour la visionner). Les passages mettant en scène le fils Raymond, pendant son expédition dans l’Amazonie, sont criants de vérité.

Raymond Maufrais, ''Matto Grosso Adventure'', William Kimber, London, 1955

Raymond Maufrais, ”Matto Grosso Adventure”, William Kimber, London, 1955

Certains récits d’expédition de Raymond Maufrais ont été publiés sous le titre “Aventures en Guyane“. Après avoir découvert le fils, dans les mots du père, je serai curieux d’en apprendre un peu plus sur le sens de ses recherches en Amérique du Sud.

Pour en savoir davantage sur cette histoire familiale, je vous conseille de visiter l’excellent site web de l’Association des Amis de l’Explorateur Raymond Maufrais, renommée en 2015 “Association des Amis d’Edgar et Raymond Maufrais” (AAERM), qui oeuvre depuis près de 65 ans pour garder vivante leur mémoire. A voir ici : http://www.maufrais.info/

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A la recherche de mon fils . Toute une vie sur les traces d’un explorateur disparu

Edgar Maufrais, Points Aventure, 2015.

A acheter dans votre librairie préférée ou sur Amazon.

 

 

*photo en couverture  de l’article : souvenir de notre passage du Pérou au Brésil, par le fleuve amazone. 2014.

 

  1. Merci pour le partage, je vais à la librairie dès demain !
    J’ai lu il y a déjà quelques temps “Aventures en Guyane” et j’en garde un souvenir très poignant. A suivre donc !

    1. Cool ! Pour moi c’est le contraire, je passe à “Aventure en Guyane” après avoir lu celui-ci et vu le film. Il est d’ailleurs vraiment poignant, lui aussi. Tu me diras ce que tu en penses !
      A bientôt,
      Fred

      1. Finalement après les mots du fils ceux du père n’ont malheureusement pas le même impact… Certes ils n’ont qu’une obsession et c’est avec une volonté et ténacité incroyables qu’ils poursuivent chacun leur objectif mais la différence fondamentale de leur quête influe la lecture. Il me semble qu’au delà des mots et du style, Edgar vit cette recherche dans un pessimisme et une morosité constante pendant que Raymond experimentait ce qu’il était venu chercher… Bref peut-être que tu as eu raison de lire les ouvrages dans l’autre sens !

  2. Bonjour,
    Résidente en Guyane, je peux te dire que les Maufrais sont très connus ici! D’ailleurs, le film “la Vie Pure” est à l’affiche depuis le 18 octobre! Je ne peux rien te dévoiler, mais je serai curieuse d’avoir ton retour sur le film. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre du fils, et je suis en train de dévorer celui du père. Effectivement, deux destins incroyables!

    1. Salut Claire,
      J’ai été surpris de savoir que cette histoire soit si connue en Guyane. En métropole, on en parle assez peu aujourd’hui. Mais c’est vrai que les journaux ont relatés les faits très en détails à l’époque.
      On a vu le film et posé des questions au réalisateur. C’était vraiment intéressant, je vais faire un compte-rendu / chronique très prochainement. Je peux déjà te dire qu’il m’a beaucoup plu ! Il est vraiment marquant. Je pense que la lecture des livres est préférable avant de voir le film.
      Bref, la Guyane m’intéresse d’autant plus ! Peut-être que l’on aura l’occasion d’en parler ensemble. A bientôt. Fred

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