Désorganisez-vous ! Manifeste pour un tourisme alternatif

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Le tourisme alternatif est un concept large dont chacun peut se faire une idée personnelle, en fonction de son expérience et de ses aspirations. Le point commun pourrait être de voyager en dehors des complexes hôteliers et de rejeter les packages « tout compris » qui verrouillent la liberté et la surprise propres au voyage. Pour moi, un tourisme alternatif correspond au fait de ne rien prévoir pour laisser grand ouvert le champ des possibles. Alors, voyageurs occasionnels ou au long cours, désorganisez-vous !

Cet article est publié dans le cadre de l’opération “Unis pour un tourisme alternatif”. Orchestrée par Voyageurs du Net et parrainée par Voyageons-Autrement, ABM, Babel Voyages, EchoWay et Viatao, cette opération vise à promouvoir dans la blogosphère le tourisme alternatif et responsable. 

Je tente ici d’expliquer les raisons qui me poussent à préférer, de loin, le voyage indépendant et désorganisé. Pas question de prétendre détenir la vérité ou de dénigrer allègrement les autres types de voyage. Ma vision évolue, elle s’est construite au fil de mes voyages. Elle correspond à un idéal que je tente d’approcher à chaque nouveau départ. Pour expliquer ce choix j’en relève, pour vous, les principaux avantages.

Pour goûter à l’Aventure 

« Un des grands malheurs de la vie moderne, c’est le manque d’imprévu, l’absence d’aventures. » Théophile Gautier.

On dit qu’elle est une drogue dure pour le voyageur. L’aventure procure un sentiment de liberté difficilement atteignable dans nos vies quotidiennes. Notre mode de vie laisse peu de place à la découverte et la prise de risque. Notre emploi du temps obéit à des impératifs, des responsabilités, des exigences de ponctualité … C’est un fait. Alors pourquoi retrouver cet état d’esprit en voyage ? N’est-ce-pas un moment d’évasion, une soupape dans son quotidien ? Bouleverser ses habitudes permet d’acquérir du recul sur son mode de vie. En retour, on vit le quotidien avec plus de sérénité.

Le hasard du voyage : traversée du Danube dans un camion lors du #ParistanbulTrip

Les imprévus restent souvent les meilleurs souvenirs de voyage. Obéir à son instinct, ses intuitions, mène souvent à des découvertes aussi belles qu’inattendues ! Lorsqu’on voyage sans planifier, nos cinq sens sont en éveil constant. Visiter un pays c’est le sentir à travers ses marchés locaux, le goûter dans ses échoppes traditionnelles, admirer les couleurs des quartiers populaires, écouter la musique de rue… Les itinéraires des voyages organisés laissent peu de place à ces découvertes. Le folklore qu’on nous montre est souvent caricatural et uniquement destiné à la prise de clichés, au sens propre comme au figuré. Découvrir la vie des locaux, l’expérimenter, demande plus de temps mais marque le voyageur au fer rouge.

Le trajet vers la destination est en lui-même un voyage. Pour cette raison, je préfère largement l’auto-stop et les transports locaux (train et bus) plutôt que l’avion. Bien sûr, ce n’est pas toujours possible, selon son temps, son budget et les spécificités du pays. Mais prendre le temps de se déplacer c’est permettre les rencontres fortuites et ressentir pleinement le changement d’atmosphère. On y découvre des paysages qui ont échappé aux brochures de papiers glacés des agences de voyage.

« Le vrai voyage c’est d’y aller. Une fois arrivé, le voyage est fini. Aujourd’hui, les gens commencent par la fin. » Hugo Verlomme.

Faute de temps, on préfère souvent s’embarquer avec un aller-retour vers une destination lointaine, attiré par les cartes postales embellies. Mais un voyage inoubliable et original n’est pas forcément un voyage lointain ! Il est possible de goûter à l’aventure en bas de chez soi. Cela correspond davantage à un état d’esprit qu’une question de distance !

Pour un rapport privilégié avec l’autre et son environnement 

Ce qui fait l’essence d’un voyage, ce sont surtout les rencontres. Lorsque l’on voyage avec un circuit ou un package « tout compris », le temps est compté et le peu de rencontres que l’on fait sont souvent soigneusement choisies et encadrées.

Exténué après un trek dans les collines chinoises de Chuandixia, je suis chaleureusement accueilli par une habitante. Hasard des rencontres qui marquent.

En voyageant de manière indépendante, on n’obtient rien grâce à son porte-monnaie. Avec un budget réduit, nous n’avons que notre sourire et quelques mots ! Tout est prétexte à échanger avec l’autre. Sans parler aux habitants, comment comprendre la cacophonie du système de bus d’Istanbul ? Comment connaître les bonnes adresses pas chères du coin ? En devenant dépendant des autres, on prend conscience de l’importance des rapports solidaires.

Aujourd’hui les gens ne savent plus s’ennuyer. Notre quotidien ne laisse peu de place à l’observation, la contemplation. En voyage, accordez-vous le luxe de la lenteur ! Sortir et se perdre dans les ruelles ou chemins escarpés est une expérience intense, profonde. En prenant son temps, on l’apprécie pleinement.

« Nous nous refusons tous les luxes, sauf le plus précieux : la lenteur. » Nicolas Bouvier.

Pour repousser ses propres limites 

En terre inconnue, chaque prise d’initiative est un défi en soi. Imaginez-vous dans un environnement culturellement aux antipodes du vôtre. La langue orale, l’écriture et les chiffres vous sont incompréhensibles. Vous allez devoir appréhender quelques us et coutumes de la culture locale et apprendre très vite quelques expressions utiles au voyageur. Acheter un billet ou demander son chemin seront à eux-seuls des chalenges ! En quelques jours vous aurez certainement amélioré vos compétences en langue et votre autonomie. Au final, votre capacité d’adaptation sera largement renforcée. Inutile de préciser que cette compétence est un atout précieux pour l’avenir.

Voyagez de manière indépendante c’est aussi apprendre à se contenter de peu. Rapidement, on se rend compte du luxe relatif dont nous jouissons. Au retour, une simple douche chaude ou un supermarché deviennent de vrais bonheurs. On se rend compte des avantages du mode de vie minimaliste. Plus libre, on se débarrasse du superflu. Avec moins de possessions, l’esprit nomade se déploie.  Puis, à chaque nouveau départ, le sac à dos perd du poids.

« Le voyage est un retour vers l’essentiel » Proverbe tibétain.

 

Désorganisé, oui, MAIS bien informé. 

Lors d’une discussion avec un ami au sujet du tourisme alternatif, je me suis rendu compte qu’une confusion pouvait naître avec l’emploi du terme «désorganisé ». Partir sans cadenasser son voyage ne veut surtout pas dire qu’il faille visiter un pays sans être bien informé. Être bien renseigné est justement la condition indispensable pour pouvoir voyager en indépendant. Avant son départ, il est très utile de trouver quelques réponses aux questions suivantes :

  • Quels sont les principaux repères géographiques, le climat ?
  • Quelle et la situation politique du pays ? Quels sont les sujets houleux ?
  • Comment se déplacer facilement et à moindre coût ?
  • Comment se faire comprendre ?
  • Que faire en cas d’urgence ?

Au niveau pratique, je veille à faire mon sac à dos en prenant en compte l’hypothèse d’une nuit dehors. A tout moment, il est important de savoir comment s’abriter, se réchauffer et se nourrir. En bonne santé et avec un minimum d’informations et d’équipements tout est possible !

Très important en voyage :

Lisez la presse locale !  😉

Aujourd’hui, de plus en plus de guides et agences de voyage ont compris le souhait d’indépendance et de personnalisation des voyageurs. C’est une bonne chose alors profitons-en ! D’autant plus que certains se spécialisent en proposant une expertise dans les domaines du développement durable,  de la solidarité ou du commerce équitable. Les voyageurs ont maintenant l’opportunité de connaître avant le départ quelques bonnes adresses et conseils sans pour autant opter pour un séjour entièrement organisé.

 « Voyager, n’est-ce-pas d’abord chercher à s’éveiller, réapprendre à regarder ce que nous ne voyons plus, à force d’habitudes ? » Michel Le Bris.

Finalement, voyager de manière désorganisée c’est une expérience humaine qui se prépare, se savoure intensément et qui marque l’esprit. Même si ce mode de voyage ne devient pas votre habitude, essayez au moins une fois ! Malgré certaines difficultés, on ressort grandi de ce genre d’expérience. Voyagez en indépendant apprend à rester en éveil constant et à l’écoute de son environnement. Au retour, c’est l’attitude qu’il faudrait adopter au quotidien.

Être ouvert aux autres, curieux et solidaire en voyage comme chez soi.

Vos commentaires et retour d’expériences sont les bienvenus !

    1. C’est vrai que le fait de tirer un trait sur certaines destinations peut être assez frustrant. Surtout si elles nous font rêver depuis un petit bout de temps… Le bon compromis pourrait être de varier les rythmes. Enfin, on verra si je garde cet état d’esprit après plusieurs mois de voyage !
      Et toi, après ces quelques mois, tu considères que ta vision a évolué ?

      1. Yep, cela nous conforte dans cette voie. Le fait d’avoir le temps aide vraiment à déculpabiliser. C’est encore plus sûr que d’habitude : il faudra revenir !

  1. Un très bel article, qui m’a permis par la même occasion de découvrir votre projet! Nous semblons partager pas mal de valeurs, c’est avec grand plaisir que je vous suivrais et continuerais à vous lire 🙂

  2. une bien belle leçon de vie cet article , ça devrait passer par les oreilles de tous et ne jamais ressortir surtout ….
    la sensation de liberté n’a pas de prix !

  3. une autre citation de Nicolas Bouvier, très emblématique de ton sujet : “Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations”;
    petit recommandation littéraire : “Le temps du voyage, petites causeries sur la nonchalance et les vertus de l’étape” (Patrick Manoukian), ça se boit comme du petit lait ! A lire lors d’un voyage pour une immersion littéraire totale !
    audrey

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