[Cinéma] « La vie pure » ou la descente vers l’enfer vert.

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Prêt pour un voyage fascinant dans la forêt amazonienne ? Direction la Guyane avec le film « La vie pure », sorti mercredi 24 novembre, et toujours à l’affiche.

Le film s’inspire du carnet de bord de Raymond Maufrais, jeune explorateur qui aurait pu rejoindre les plus grands noms français de l’aventure. Il disparaît en pleine forêt amazonienne en 1949 après s’être acharné à rejoindre les Monts Tumuc-Humac, jusqu’alors « inexplorés ». Nous suivons son aventure dans un environnement inconnu et hostile jusqu’à l’issue fatale. En contre-point, apparaît son père Edgar Maufrais. Rongé par les regrets et le « besoin de savoir », il décide de partir à sa recherche au milieu du calvaire amazonien. Je vous ai d’ailleurs parlé de son livre «A la recherche de mon fils » dans une chronique précédente. Il aura mené sans succès 22 expéditions, sur 12 000km durant 14 ans.

L’issue, nous l’a connaissons. Elle est inéluctable. A chaque plan sur la forêt amazonienne, on se demande si le moment tant redouté est venu.

Nous avons assisté samedi 20 novembre à l’avant-première en compagnie du réalisateur Jérémy Banster. Pour vous donner quelques raisons d’aller voir ce film assez singulier, j’ai choisi de le présenter en 4 points :

ORGANIQUE

Le mot vient du réalisateur lui-même. « J’ai voulu faire un film organique », a-t-il lâché avant la projection. Et ce n’est pas usurpé. Le film est prenant de bout en bout et nous fait presque ressentir, en interne, l’enfer subit par Raymond. Son environnement finit par l’engloutir. Peu à peu il disparaît. On le voit souffrir jusqu’au contour même de la mort. On est même parfois gêné devant le « spectacle ». « Mais pourquoi nous infliger ça ? », lance une femme du public. Ce film prend aux tripes, c’est certain. Et que dire de la fin ?

ENFER VERT

C’est sans doute le vrai « premier rôle » du film.  Elle nous apparaît d’abord sous un jour séduisant. Des images magnifiques d’immensité de forêt amazonienne ponctuent les scènes et l’on rêve d’y prendre part. On découvre la culture de peuples amérindiens, extraordinairement accueillants. Mais tout bascule. Elle apparaît ensuite impitoyable, incertaine et mystérieuse.

Au cours de la discussion qui a suivi la projection, plusieurs voix s’élèvent parmi les spectateurs. Ils sont unanimes. Selon eux, un homme seul ne peut pas survivre aussi longtemps au fin fond de l’Amazonie. Chacun y va de son anecdote pour souligner la cruauté de « l’enfer vert ».

Tout ceux qui ont, au moins une fois, pénétrer dans la forêt profonde ont ressenti cette pression constante, ces sons mystérieux, cette humidité et cette conviction d’être totalement livré à soi-même. Pas étonnant que Jérémy Banster avoue vouloir « prendre par la main le spectateur et l’amener vers un voyage : une longue dérive comme celle que subit Raymond Maufrais ». Si un voyage en Amérique du Sud ne vous tente pas, alors allez au moins voir le film !

UNE QUÊTE

« Tenter quelque-chose c’est déjà réussir », affirme Jérémy Banster pour qualifier le rêve de Raymond Maufrais. Qu’est-ce qui pousse vraiment le jeune Raymond à braver tous les dangers et filer vers l’inconnu ? Le film ne laisse que très peu d’éléments pour le comprendre. On pourrait même croire à une quête nihiliste, voir un suicide. Nous sommes au lendemain de la guerre. Les idéaux ont volé en éclat. Le départ d’un jeune de vingt ans n’est peut-être pas anodin. En façade, il évoque un « idéal » ou une « vie pure ».

Je conseille fortement de lire les ouvrages qui ont directement inspiré le film : « Aventures en Guyane » (Points Aventures 2014) par le fils, et  « A la recherche de mon fils » (Points Aventures, 2015), par le père. L’histoire père-fils est aussi « très importante » pour le réalisateur mais elle n’apparaît que partiellement à l’écran. Pour en prendre toute la mesure, le témoignage du père est essentiel.

STANY COPPET

En voilà un dont on a pas fini d’entendre parler. Il est coauteur du scénario  et tient ici son premier rôle principal. Présent à Cayenne à l’occasion du tournage d’un court-métrage, le réalisateur l’a rencontré et a reçu de son père, en cadeau, le livre « Aventure en Guyane » de Raymond Maufrais. C’est le point de départ d’une lutte, acharnée elle aussi, pour filmer dans des conditions éprouvantes avec en toile de fond : piqûres de guêpes, moustiques, chaleur, difficultés de transporter le matériel, fièvres, piranhas, anacondas…

Stany Coppet brille vraiment par son interprétation viscérale et a d’ailleurs perdu 17 kilos dans l’aventure. 

Une affiche du film "La vie pure"

Une affiche du film “La vie pure”

Les films sur l’aventure sont très rares en France. Une raison de plus pour en parler ! Si vous avez déjà pu le voir, n’hésitez pas à donner votre avis.

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