Plongez dans l’un des plus grands carnavals d’Afrique !

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Chaque année, le 2 janvier, les rues de Cape Town se couvrent de couleurs. Près de 10 000 ménestrels répartis en une cinquantaine de parades sèment la bonne humeur dans la « ville-mère » d’Afrique du Sud. Le choix du second jour de l’année n’est en aucun cas dû au hasard. En plus d’être une énorme fête populaire, cette tradition raconte à elle seule l’histoire du Cap.

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Fous rires et bain de couleurs

 

Confortablement installées sur les trottoirs, les familles attendent patiemment l’arrivée des troubadours. Certaines sont ici depuis la veille pour être aux premières loges. Elles ont installé des abris en toile et préparé le pique-nique. Nous prenons place près de l’une d’entre elles. On nous offre des sucreries et nous remercie chaleureusement d’être venu. Plusieurs personnes insistent pour que je les prenne en photo. « Tu la montreras à ton pays », me disent-ils !

Les premiers cortèges arrivent.

Ce qui frappe avant tout, c’est la très grande variété de costumes. Les couleurs sont vives, les matières variées. Les visages sont peints de manière originale. Les musiciens sont très en forme. Les fanfares se succèdent sans se ressembler.

“Nous préparons le carnaval depuis un an !”, me lance un danseur avant de me remercier pour ma présence.

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Tous les cortèges s’organisent à peu près de la même manière. Un enfant ouvre le chemin à ses compagnons. Il est reconnaissable à son costume et son allure assurée. Bien souvent, il danse très énergiquement. Juste derrière lui, des troubadours en tout genre donnent le rythme. Suivent les groupes de danseurs, parfaitement coordonnés et étonnamment à l’aise malgré la chaleur et leur costume pour le moins encombrant.

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Au milieu des parades, il y a toujours un étrange personnage haut en couleurs. Il surgit de nulle part et déroule sa langue devant les spectateurs, en clignant des yeux. La scène peut durer quelques minutes. Il se poste devant vous et la foule éclate de rire !

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Quelques séquences vidéos pour vous donner une idée !

Q- 

Les racines

 

La parade du Cape Minstrels est chère à la communauté des coloureds. Ce terme a d’abord été utilisé par les colons anglais puis repris par le régime de l’Apartheid pour “qualifier” les métisses du Cap. Le régime ségrégationniste en vigueur jusqu’en 1991 en Afrique du Sud, qualifiait ainsi toutes les personnes n’étant “ni noires, ni blanches”. En réalité, cette communauté est, depuis toujours, très loin d’être homogène.

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Le carnaval du Cape Minstrels trouve ses racines dès le début du 20e siècle.

Les esclaves se devaient de travailler le premier jour de l’année pendant que leurs « propriétaires » festoyaient. Cependant, le second jour de l’année leur était réservé. Il s’agissait pour nombre d’entre eux du seul jour de congé de toute l’année.

D’où venaient-ils ?

Déportés par la Compagnie Néerlandaises des Indes Orientales, ils étaient originaires de l’actuelle Malaisie, d’Indonésie et d’Inde. Un bâtiment emblématique de Cape Town, la Slave Lodge (maison des esclaves), est le meilleur témoin de cette époque. Jusqu’en 1811, les esclaves arrivés par bateaux entiers étaient “entassés” ici avant d’être vendus dans une rue voisine.

Le Tweede Newe Jaar (second nouvel an, en afrikaans) est resté l’un des éléments fondateurs de la “culture coloured”.

Cette année la parade a du être repoussée plusieurs fois pour des raisons de calendrier musulman, mauvais temps, meeting politique… Le 17 janvier a finalement été choisi. C’est l’une des raisons qui nous a retenus à Cape Town pendant un mois.

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Le trajet symbolique de la parade

 

Le parcours de la parade n’a pas été choisi au hasard. Il traverse des quartiers marqués par l’histoire et fortement emblématiques pour la communauté des coloureds.

Le coup d’envoi est donné dans le tristement célèbre District 6. En 1968, le régime de l’Apartheid déclara la zone “blanche” et ordonna la déportation de près de 60 000 habitants vers un township (bidonville) nommé Cape flats. En dix ans, l’intégralité des habitants s’est donc retrouvée forcée de vivre sur une plaine aride à l’extérieur de la ville. Leurs maisons ont été rasées et les souvenirs de la vie du quartier méticuleusement effacés par le régime.

Aujourd’hui, la plaie est loin d’être refermée. Le musée du District 6 tente de maintenir le souvenir. Le film de science-fiction District 9 (Neill Blomkamp, 2009) a intelligemment dénoncé le phénomène historique d’expulsion en s’inspirant de cette époque.

Des larges avenues presque désertiques du District 6, la parade s’engouffre dans les rues du centre-ville. Arrive le point d’orgue du carnaval : le quartier de Bo-Kaap.

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Bo-Kapp, quartier musulman haut en couleurs

 

Les habitants sont désignés par les termes “Cape malays” (malaisien du Cap) ou “muslims cape” (musulmans du Cap). De nombreux prisonniers politiques originaires de Malaisie, et donc musulmans, ont été déportés au Cap. C’est sous leur influence que s’est développé la communauté musulmane de Cape Town.

Le quartier de Bo-Kaap, reconnaissable à ses maisons et mosquées peintes de couleurs vives, conserve aujourd’hui encore un fort sentiment d’identité. Historiquement, c’est lune des rares populations déportées vers l’esclavage à avoir conservé sa religion.

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Cape Town, bloquée dans le communautarisme ?

 

Si nous avons apprécié l’accueil et le spectacle, une chose nous a cependant marqués. Où sont les autres communautés ? La ville du Cap est connue pour être une mosaïque de peuples, aux origines hétérogènes, mais au destin commun. Ne dit-on pas « la nation arc-en-ciel » ? On connaissait l’origine de cette fête mais l’on s’attendait pourtant à voir toutes les communautés profiter de ce moment de joie, au moins en tant que spectateurs.

Nous ne sommes pas passés inaperçus autour des cortèges. Une dizaine de personnes, ménestrels ou spectateurs, nous ont remerciés d’être venu, comme si nous étions des représentants de la “minorité blanche” (terme utilisé par l’actuel président Jacob Zuma).

J’ai échangé quelques mots avec un célèbre comédien et présentateur du Cap. Il s’amusait à rechercher des “blancs” parmi la foule. Plus exactement, il voulait prouver que les blancs se moquaient de cette tradition chère aux coloureds. Il m’a donc repéré dans la foule et m’a interrogé.

“Voyez, c’est un blanc mais il n’est pas sud-africains !”, a-t-il dit devant la caméra. “Sais-tu pourquoi les blancs du Cap ne viennent pas ?”

“Aucune idée”, lui ai-je répondu.

J’ai d’abord trouvé sa démarche assez curieuse, voir déplacée. Mais avec du recul, comment ne pas lui donner raison ?

La France, contrairement à l’Afrique du Sud, interdit les recensements ethniques ou fondés sur la couleur de peau. Les statistiques n’existent pas. Ici, ils sont utilisés à toutes les sauces. La couleur de peau et l’appartenance ethnique sont omniprésentes dans les conversations, les journaux, les programmes TV…

Une chose est sûre, quelque soit votre couleur de peau ou votre origine ethnique, vous serez accueillis comme des rois parmi les festivaliers !

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Une grande fête popuaire

Fier de ses racines, la Cape Minstrels carnaval ne cesse pourtant d’évoluer. Ces dernières années, les chansons pop ont fait leur entrée, contrastant avec les chants traditionnels remontant au 18e siècle. Certaines parades ont pour rôle d’effrayer la foule. Et surtout les enfants ! En fin de cortège, les loups garous, diables et monstres viennent semer la terreur.

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La participation aux parades est une affaire de  famille. Le rang se transmet parfois d’une génération à l’autre.

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Extravagant, historique et dépaysant

 

C’est par ses trois mots que je résumerai l’expérience du Cape Minstrels. Il mérite vraiment le détour. Plus qu’un livre ou un musée, il nous a plongés dans l’histoire du Cap. Il est le témoin d’un passé tragique mais aussi d’une extraordinaire capacité à voir l’avenir plein d’espoir. Finalement, il raconte l’Afrique du Sud.

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  1. Super article ! j’adore l’ambiance des carnavals et celui là parait grandiose pour ses couleurs, son énergie et en même temps empreint d’histoire. Vous avez bien eu raison de rester plus longtemps pour ne pas le manquer. L’accueil que vous relatez donne vraiment envie d’y aller, ça a du être un beau moment de partage. Nous avions eu la chance de passer pas loin d’Oruro en Bolivie au moment du carnaval (le deuxième plus grand d’amérique du sud), nous avions fait un crochet et on n’a pas été déçu du voyage. Si jamais un jour vous passer en bolivie en février, faites y un tour. On a mis un quantité astronomique de photos sur l’article qu’on lui a consacré tellement on a été bluffé par les costumes. Continuez bien votre voyage !
    Au plaisir de vous lire

    1. Salut Laura,
      Merci pour ton commentaire. Je n’ai pas eu la chance de découvrir le carnaval d’Oruro en Bolivie mais je me souviens avoir contempler des masques. Il a l’air hallucinant ! N’hésite pas à mettre le lien de ton article, ça peut intéresser les lecteurs par ici.
      A bientôt !
      Fred

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