Brève N°61 – En Afrique du Sud, nous sommes Charlie

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Lors de la visite de Robben Island, l’île où a été enfermé Nelson Mandela pendant 18 ans, je me suis répété la même phrase : j’ai de la chance de vivre en France, aujourd’hui, je ne risque pas de mourir pour mes idées. Encore moins pour mon humour, aurais-je pu me dire. En fait, si.

Dans les allées sombres de la prison de haute sécurité, un ancien détenu nous relate ses souvenirs. Ils étaient une bande d’étudiants qui s’exprimaient pour défendre leurs droits. En retour, ils ont eu la mort ou la prison. C’est dans ces mêmes murs que Nelson Mandela a préparé son projet de fonder une nation démocratique. Devant la cellule de « Madiba », nous songeons au courage qu’il faut pour subir 27 ans d’enfermement et ressortir pour former un pays nouveau, en incluant ses anciens oppresseurs.

Sous le choc

Nous rentrons à l’auberge au centre du Cap, encore abasourdis par les témoignages que nous avons entendus. Fanny allume l’ordinateur et navigue sur les réseaux sociaux. Elle m’apprend l’horrible nouvelle. Notre pays a été attaqué en plein cœur. Ce n’est pas seulement un journal satirique qui a été visé mais un principe fondateur de notre société. Devant l’écran, nous sommes pétrifiés. Certains nous reconnaissent à l’accent et nous glissent quelques mots réconfortants. Cette scène se répète plusieurs fois jusqu’à samedi.

Tous les journaux ont relaté les attentats. Dans un pays qui a connu un régime fondé sur la discrimination raciale il y a seulement vingt ans, la liberté est précieuse et fragile. Le peuple en connaît la valeur. Au Cap, tous les responsables religieux se sont exprimés pour condamner et réaffirmer leur attachement aux libertés fondamentales. La paix civile est encore fragile en Afrique Du Sud. Les attentats perpétués à l’encontre de Charlie Hebdo font craindre une escalade de violence jusqu’ici.

C’est en voyageant que l’on se rend compte de l’importance de la liberté d’expression et de sa fragilité. En Asie et en Amérique du Sud, j’ai constaté que des gens se battent encore, au péril de leur vie, pour défendre ce droit.

En France, la liberté d’expression est loin d’être parfaite, mais jusqu’au 7 janvier 2015, on ne craignait pas pour sa vie et celle des siens. Ma plus grande peur est de voir la société française se déchirer. N’accordons pas la victoire aux terroristes. Montrons une France soudée à ceux qui recherchent la division.

« Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. » Nelson Mandela 1918-2013

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