Brève N°53 – Notre mariage à la fête des morts

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Après une visite de la ville de Sucre, nous décidons de retourner à Potosi pour faire honneur à l’invitation de mon professeur de boxe. Fier de ses traditions, il a insisté pour que nous passions la fête des morts, appelée ici Todos Santos, en compagnie de sa famille. C’est pour nous une occasion unique de plonger au cœur des rites et coutumes de Bolivie.

Le samedi 1er novembre, les festivités commencent par un repas à base de quinoa. Nous suivons ensuite Johnny, muni d’un sac en plastique. Les familles ayant perdu un membre dans l’année écoulée installent un ruban noir à l’entrée de leur maison. Il s’agit d’une invitation à se recueillir devant un autel dédié au défunt. Tous les villageois, même inconnus peuvent entrer. Après s’être recueillis devant les photos et les objets du défunt, nous nous asseyons autour de la pièce. La famille nous sert alors un verre de vin et nous remet un paquet de gourmandises. Nous visitions six maisons de cette façon et repartons alors avec notre sac rempli de viennoiseries. Cette journée est entièrement dédiée au partage et toutes les pensées vont vers les défunts.

 

La salle de réception avec l’autel dédié au défunt

Les enfants entament un chant religieux avant de repartir avec des confiseries.

Les enfants entament un chant religieux avant de repartir avec des confiseries.

Dimanche, la journée débute sur une note très festive. Nous jouons tous au jeu du Sapo. Cela consiste à lancer des jetons dans la bouche d’un crapaud en étain ou dans un des orifices qui l’entoure. Nous jouons en équipe dans une ambiance très conviviale. Les perdants doivent boire quatre petits verres de liqueurs placés à la file sur le sol. S’ils ont le malheur d’utiliser leurs mains, il faut recommencer ! Nous l’apprenons à nos dépends car nous perdons dès la première partie. C’est le moment préféré de Johnny et sa famille. Pas facile de boire plusieurs verres de liqueurs à 4 000m d’altitude !

En voilà une qui a perdue au jeu du Sapo !

En voilà une qui a perdue au jeu du Sapo !

En pleine partie !

En pleine partie !

Dans l’après-midi, il est coutume de se déguiser pour se livrer à une série de sketchs. Johnny se déguise en notaire et son ami en prêtre. Ils arrachent une nappe blanche et se coiffent avec des morceaux de cartons. Ils nous demandent si nous souhaitons nous marier. Toute la salle tombe dans l’hilarité générale ! Même les cholitas du fond de la salle, d’habitude très réservées, se joignent à nous. Nous répondons aux questions amusantes du faux prêtre un peu éméché et nous voici mariés symboliquement, dans la ville la plus haute du monde.

Un faux mariage mais de vrais fous rires !

Un faux mariage mais de vrais fous rires !

Dès 19h, la musique s’arrête et la plupart des convives quittent la salle. C’est pour nous le moment de partir vers La Paz. Le cœur serré, nous retenons nos larmes. Les adieux en voyage sont de vrais déchirements. Nous embrassons toute la famille et les quelques inconnus. Avant de partir, Benedicto, le père de Johnny, me regarde droit dans les yeux et prononcent ces mots : « J’espère que vous nous oublierez pas. » Ces deux jours de fêtes ont été célébrés sous la joie et la bonne humeur. Selon eux, c’est la meilleure façon de rendre hommage à ceux qui sont partis.

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