32h sur la route, au Mozambique ! [Partie 1]

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On vous a déjà parlé des transports au Mozambique ? Peut-être que oui… mais sûrement pas assez ! Après plus de 18 mois de voyage, nous pensions avoir une patience à toutes épreuves et un postérieur prêt à passer de longues heures sur des surfaces plus dures que du béton. Ne vous méprenez pas, c’est presque un métier !

Il a suffit de quelques jours de transport en commun au Mozambique pour se rendre à l’évidence. Nous avons encore beaucoup à apprendre en terme de patience. Ni les très longues heures de train en Inde, de “bus” au Népal, de moitiés de sièges avec les routiers péruviens (mais aussi brésiliens, sud-africains…) n’auront suffit.

Cependant, nous avons acquis un moral à toutes épreuves et notre humour ne manque jamais à l’appel. Ce sont d’ailleurs les protections absolues pour un voyage au long cours. Travaillez-les !

32h sur la route infernale

Voici la chronique de nos 32h de trajet (porte-à-porte) depuis Beira jusqu’à Nampula en passant par Quelimane, soit un peu plus de 1 000km sur la principale route du pays, la fameuse N1. Elle est censée être la route en meilleur état du pays. Nous verrons que le terme « meilleur » peut être trompeur…

trajet mozambique en chapa

Pourquoi un arrêt à Quelimane ? Pour 3 raisons : c’est une pause à mi-parcours, une mozambicaine rencontrée à Maputo nous invite chez elle et le nom est intriguant. La légende dit qu’il vient de « kill a man » en anglais (= tuer un homme) en référence au grand nombre de victimes de la malaria… Voilà.

Le passage à Nampula, ville sans grand intérêt, nous permettra de rejoindre l’île du Mozambique.

Nous sommes donc à Beira, à l’aube.

5h : Le réveil sonne. Je m’apprête à aller chercher ma baguette de pain et préparer un petit déjeuner légendaire.

5h01 : Une goutte de sueur qui ruissèle du front jusqu’aux lèvres me ramène à la réalité. Je me réveille dans un pays tropical, dans une tente posée devant la cuisine d’un resto qui pu le poisson.

5h03 : Fanny se réveille. Nous sommes tous deux trempés (mais heureux). J’ouvre la tente pour mieux entendre le bruit des vagues de l’océan indien. Des boutres fendent l’écume dans les prémices du lever de soleil.

Beira-mozambique-actisphere

5h15 : Nous dégustons quelques morceaux de pain de la veille en préparant au réchaud une dose de riz pour le repas de midi.

(PS : c’est le mode de vie « mi-bourgeois, mi-sans-dents », bourgeois car voyageurs au bout du monde et « sans-dents » car presque fauchés)

6h : Les affaires sont pliées, la tente dans le sac et l’eau filtrée. Nous enjambons les montagnes de déchets qui nous séparent de la route et attendons le minibus, joliment appelé chapa, au Mozambique.

6h10 : Je dis à Fanny : « Si tout va bien nous serons chez notre amie de Quelimane ce soir ! ». Sa réponse : « mouais… » m’assure qu’elle n’est pas si dupe…

6h24 : Le chapa n’est toujours pas là. Autour de nous une dizaine de personnes attendent, impassibles. Nous cherchons à rejoindre par n’importe quel moyen la sortie de la ville pour ensuite tenter l’autostop au bord de la Nationale 1.

6h40 : Le chapa qui sort de la ville est enfin là ! A priori, il est complet.

Faux, c’est une donnée complètement subjective dans cette partie de l’Afrique. Le rabatteur nous saisit tous les deux avec une seule main et nous glisse au fond du chapa. Surprise, nous nous retrouvons au milieu d’une vingtaine d’écoliers surexcités et qui nous dévisagent comme si l’on venaient tout droit de Jupiter (ou Mars, ça n’a absolument aucun importance dans l’histoire).

7H10 : Nous sommes au bord de ce qui semble être la N1, à la sortie de Maputo. J’ai d’abord cru à une route de campagne jonchées de déchets, mais non.

A l’horizon, absolument aucun routier et encore moins de voitures de particuliers. Sur les bords de route, une foule de badauds trimballe des sacs de légumes de toutes les formes et de toutes les couleurs. Les visages fermés, en direction du goudron éclaté sous un soleil de plomb, traduisent une certaine latitude. Les voitures sont inaccessibles pour la majorité des mozambicains.

8H06 : Nous changeons nos plans. L’autostop, ce n’est pas pour cette fois. Par chance, nous sommes tout près d’une gare routière. Si vous n’êtes jamais allés chercher un minibus dans une gare routière mozambicaine, vous n’avez pas idée du vrai sens du mot “cacophonie”.

8H29 : Un rabatteur trouve notre chapa.

8H30 : Il prend la route ! Nous courons après avoir balancé nos sacs à l’arrière.

Je ne sais pas si vous réalisez : trouver aussi vite un bus et partir après seulement 30 min d’attente c’est une prouesse technique dans cette partie du monde. Enfin, cela dit nous n’avons pas la confirmation que ce chapa va jusqu’à Quelimane… Et la musique à fond va peut-être nous faire plonger dans la folie plus rapidement que prévu.

9H45 : Pour une raison obscure, un policier arrête le bus et fait descendre tout le monde. A chaque fois, c’est un moment stressant et fatiguant. Nous sommes vulnérables aux vols et chutes en tout genre. Incompréhension générale. Les policiers partent seuls avec le conducteur. Il nous faut attendre un autre chapa.

10H07 : Alors que je roupille tranquillement sur la terrasse défoncée d’un café, un homme fonce vers moi avec un air agressif. Je sors de mon demi-coma instantanément.

«Toi le blanc, tu es musulman ou chrétien ?», me demande-t-il.

Les gens attablés tout près ont l’air aussi flippé que moi. Ce mec habillé en guenilles n’a pas l’air clair. Que répondre à ça ?

Que dire, chrétien, musulman ou autre ? Dans ces moments-là, je dis que je suis suisse et bouddhiste. Mais en Birmanie, des moines bouddhistes ont récemment persécuté la communauté musulmane des Rohyngya. Nous vivons au 21e siècle dans un monde hyper-connecté où les pseudos représentants d’une quelconque communauté peuvent se faire agresser n’importe où dans le monde à cause d’un événement perpétué n’importe où dans le monde par cette même pseudo-communauté. Ici comme chez nous, certaines personnes sont tellement feignantes intellectuellement qu’elle font un amalgame constant entre un groupe de déséquilibrés et l’ensemble d’une “communauté”.

«Ma mère est chrétienne et mon père musulman. Je suis donc moitié musulman et moitié chrétien.»

«Ah bon, c’est possible ?»

«Bien sûr que oui !»

Les “spectateurs” éclatent de rire. Je ne saurais jamais si cet homme me voulait du mal mais au moins ma diversion a fonctionné. Il repart aussi vite qu’il est revenu en menaçant du regard les autres.

12H38 : Voilà notre chapa !

Il est plein à craquer et personne n’en descend. Ah si, une personne quitte la place du passager à l’avant. On nous fait signe de venir.

«On est deux et il n’y a qu’une place !»

«Non, il y a trois places !», nous dit-on.

Le conducteur, triomphant, sort son spécial : un coussin tout pourri. Il est tout content. Il le pose sur le frein à main et nous regarde avec un sourire qui veut dire : “c’est pour toi mon gars, cool nen ?!”

Nous n’avons aucune envie de rester là à attendre un autre chapa. Nous partons donc et nous relayerons sur le frein à main. Un jeune homme vient s’asseoir à côté de moi sur la place passager et nous désignons Fanny pour prendre la place sur le frein à main. (oui c’est cruel, mais la vie est cruelle, nen ?).

Le poste grésille en vomissant de la musique traditionnelle et dans le meilleur des cas, de l’electro sud-africaine. Mais le pire est que le pare-brise est tellement sale que nous apercevons à peine la route. Grosses frayeurs ! Même si ça n’a aucunement l’air de gêner le conducteur. Il suffit de sortir la tête de la fenêtre pour éviter les trous sur la route…

13H11 : Arrêt. Des gens sortent, d’autres entrent. Bouffées de poussière. Attente.

13H17 : Arrêt. Des gens sortent, d’autres entrent. Bouffées de poussière. Attente.

13H42 : Arrêt. Des gens sortent, d’autres entrent. Bouffées de poussière. Attente.

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18h12 : La nuit tombe, tout comme nos têtes.

19h04 : Le chapa s’arrête brusquement dans une zone mi- déchetterie / mi-zone commerciale. Le rabatteur ouvre la porte et nous offre au passage une énième bouffée de poussière. Le conducteur disparaît rapidement dans la pénombre. Quelques passagers et nous, restons sagement à nos places. Début de l’attente.

20h47 : Nous méditons sur les différences de notion du Temps entre les cultures. Vaste sujet. Autour de nous, on vend des légumes, on mange, on boit et on égorge des chèvres.

Partie 2 à suivre et le meilleur reste à venir ! 😉

La partie 2 est maintenant publiée ! Cliquez ici : 32h sur la route, au Mozambique ! [Partie 2]

    1. Cool !
      Je t’avoue que je n’avais pas toujours le sourire, sur le coup. Mais avec le recul, je me marre ! Et attend, la suite est encore bien plus drôle.

  1. Bonjour,

    A quelle période de l’année étiez vous au Mozambique?
    J’envisage d’aller au Mozambique au mois d’aout.

  2. j’ai fait le meme trajet …. il vaut mieux avoir un moral d’acier car les nerfs peuvent craquer !!
    mais quand j’y repense maintenant plusieurs mois après, c’est avec le sourire et beaucoup de nostalgie.
    Le Mozambique est un joyeux qui se mérite !!

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