La vie sexuelle des cannibales [chronique]

image

Je vous rassure tout de suite, ce livre n’a rien à voir avec un kamasoutra version mangeur d’hommes. Sous ce titre un brin provocateur, l’auteur Maarten Troost nous livre l’histoire vraie et hilarante de son immersion sur les Iles Kiribati, un archipel d’atoll perdu dans le pacifique.

Partir au bout du monde pour changer de vie

Un couple de citadins décide de changer radicalement de vie. Ils comptent assouvir leur soif d’exotisme et de découvertes en rejoignant n’importe quel endroit du globe, pourvu qu’il soit isolé et différent. Le principe est simple : le premier à trouver un contrat de travail embarque l’autre pour une expatriation de plusieurs années. Sylvia, la femme de l’auteur, trouve une opportunité aux Iles Kiribati, un archipel du Pacifique Sud, pour deux ans. L’auteur en tire un premier roman Sex life of the Cannibals (La vie sexuelle des cannibales) dans lequel il décrit avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision les aléas de la vie insulaire.
La quatrième de couverture a tout de suite attiré mon attention :

« On peut s’ingénier à empiler des diplômes inutiles pour différer son entrée dans la vie active, n’en vient pas moins le temps où il faut bien se décider à faire quelque chose. A moins que ne surgisse l’idée de génie de tout laisser tomber, et de ficher le camp au bout du monde – pourquoi pas au paradis des mers du Sud ?[…]
Rien n’est plus ennuyeux que le récit de voyage réussi : autant dire que celui-ci vous tient en haleine de bout en bout, vous fait pleurer de rire à chaque page et vous permet, une fois le livre reposé, de mieux apprécier certains produits courants de la vie moderne comme le café, les douches à volonté ou la presse à scandale. »

Une carte postale au vitriol

Le narrateur prend de plein fouet le choc du « vrai » dépaysement en arrivant sur l’île. Tarawa (île capitale de l’archipel) n’est pas l’île paradisiaque imaginée mais plutôt une zone de déchéance abandonnée depuis le départ des Britanniques en 1979. La pollution, le manque de nourriture et les problèmes sanitaires frappent les visiteurs dès les premiers jours. S’en suit une description méthodique de leur quotidien d’insulaires. On rit vraiment quand l’auteur évoque ses difficultés à intégrer les mœurs des habitants. Il insiste lourdement sur la chaleur étouffante qui rend les habitants incapables d’effectuer le moindre effort physique. Le poisson s’invite aux trois repas du jour et quand une pénurie de bière frappe l’archipel, c’est tout un pays qui sombre dans l’abîme ! Et comme si ça ne suffisait pas, la Macarena, seule chanson de l’île, résonne à tue-tête dans tous les foyers ! Le “paradis tropical” est en réalité une zone polluée, sale, dépourvue d’activités culturelles et surtout extrêmement isolée du reste du monde.

L’auteur n’oublie pas sa casquette de journaliste. Le roman est ponctué de passages historiques qui nous renseignent sur les peuples du pacifique et leurs relations avec « l’occident ». On apprend qu’après la visite de quelques missionnaires et navigateurs, la présence étrangère se résumait à l’exploitation des gisements de phosphates jusqu’à l’épuisement total en 1979, date coïncidant avec l’Indépendance. Certaines îles limitrophes (plus de 1500 km quand même !) ont ensuite servi de terrain de jeux nucléaire aux Etats Unis. Aujourd’hui, des navires pillent les fonds marins en toute impunité.

Ce roman va à l’encontre de l’imagerie présente dans la plupart des ouvrages de voyages. On est loin du récit idyllique où les auteurs se félicitent au fil des pages de leur choix de destination et de l’art de vivre local. Ils finissent tout de même par s’acclimater et adopter un regard admirateur sur l’île et ses habitants. En résumé on apprend autant que l’on rit à la lecture de ce roman. Il perd un peu de son rythme à mi-chemin mais on ne se lasse pas de suivre les mésaventures des deux I-Matangs (nom donné aux étrangers sur cette île). Maarten Troost a vraiment le sens de la formule et son récit est très documenté, ce qui a éveillé ma curiosité pour ce pays très peu connu.
Après quelques recherches, j’ai appris que le réchauffement climatique contraindrait tous les habitants du pays à déménager définitivement. Pas étonnant quand on sait que la quasi-totalité de ces îles sont des atolls qui dépassent à peine le niveau de la mer. Il s’agirait du premier état à migrer entièrement à cause du climat. Le gouvernement recherche actuellement une terre d’accueil pour son peuple (environ 110 000 habitants), et des négociations seraient en cours avec les Iles Fidji.

Si vous rêvez de vivre sur une île perdue dans l’océan pacifique alors je vous recommande ce livre. Vous redescendrez vite sur terre et vous vous direz que, finalement, la vie n’est pas si cruelle ici !

La vie sexuelle des cannibales, éditions Hoëbeke, avril 2012.

 

 

© Butaritari, Kiribati par KevGuy4101 [FlickR]

Un commentaire sur "La vie sexuelle des cannibales [chronique]"

  1. Ce livre est excellent très drole , et en meme temps il nous fait réaliser ce que sont ces ” paradis perdus ” en plein océan Pacifique . Un fantasme bien sur mais en fait des endroits dépourvus de tout sauf d’ habitants , de ciel et de mer …L’auteur non plus ne s’ y attendait pas . Certains passages du livre sont a mourir de rire …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *